PELERINAGE AU PROCHE ORIENT

Bernard Couapel
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Cours de Civilisation arabo musulmanne

Université de Haute Bretagne

Année 1995 - 96


Professeur: Monsieur L'Hopital


I. Origine du projet

Comment entre-t-on par les portes ouvertes de l'Islam ? Est-ce une volonté personnelle ou bien la vie qui entraîne un individu consentant vers cette religion ? Qui peut répondre à cette question ?

Mon expérience a débuté par la volonté de lire les livres fondamentaux de la civilisation humaine. Après la lecture de la Bible, j'eus envie de lire le Coran. Ce livre resta très longtemps sur une étagère, attendant selon moi que je parte sur une plage déserte pour le lire. Un jour un ami m'a dit "puisqu'en ce moment tu n'as rien à faire, pourquoi ne pas aller lire ton Coran au Maroc, c'est bientôt le Ramadan, et tu verras ce que c'est que l'Islam". Je fis donc un voyage en Afrique du nord qui me fit visiter le Maroc, l'Algérie avec son désert jusqu'à Tamanrasset et la Tunisie. Je lus le Coran et fis le Ramadan qui m'apporta les bienfaits du jeûne:

1) Il freine les désirs de l'individu et fortifie sa volonté.

2) C'est une hygiène pour l'organisme en général

3) Il permet aux richement alimentés de sentir le mal de la faim et, de ce fait, de se pencher sur le sort des malheureux, des nécessiteux et des affamés dans le monde.

D'autre part, les discussions avec les musulmans rencontrés pendant mon voyage et de retour en Bretagne, me firent comprendre certains autres aspects de l'Islam et ses cinq piliers:

1) Le témoignage qu'il n'y a de Dieu que Dieu et que Mohammed est son prophète.

2) La prière (Salat)

3) L'aumône (Zakat)

4) Le jeûne (Ramadan)

5) Le pèlerinage aux lieux Saints de l'Islam pour les croyants qui ont la possibilité physique et matérielle de le faire (Hajj)

A partir de ce voyage en 1988, j'ai relu le Coran chaque année, pratiqué le Ramadan et le Zakat. J'ai trouvé dans l'aumône et le jeûne les pendants de la charité et du carême dans le Christianisme, et aussi le sentiment d'une meilleure pratique religieuse chez les Musulmans que les Chrétiens.

En 1992, pour mon cinquième Ramadan, j'ai demandé un congé sans solde pour partir trois mois visiter les lieux Saints du proche Orient et faire le pèlerinage de La Mecque.

II. Conversion et formalités

Les villes de La Mecque et Médine n'étant ouvertes qu'aux Musulmans, je devais me convertir à l'Islam. De toute façon, ma volonté était de pratiquer de mieux en mieux cette religion dont j'avais déjà ressenti les bienfaits physiquement et mentalement. J'ai donc pris contact avec le centre islamique de Rennes pour apprendre à faire la prière et me convertir à l'Islam. L'Imam m'a reçu avec beaucoup de sympathie et m'a enseigné la prière et les fondements de l'Islam. On ne m'a pas demandé de renoncer au Christianisme que j'ai conservé. Le 9 Mars 1992, j'ai récité mon acte de Foi: "J'atteste qu'il n'y a de Dieu qu'Allah, Un et Unique, sans associé et que Mohammed est son messager" en langue arabe. Le certificat de conversion devait me permettre d'obtenir le visa pour le Hajj à l'ambassade d'Arabie Saoudite d'Amman en Jordanie.

III. Voyage avant le Hajj

Le 28 Mars 1992, j'ai donc embarqué dans l'avion pour Le Caire en Egypte. Le survol de cette ville à la nuit tombée faisait ressortir la multitude des lumières vertes des mosquées et l'atterrissage dans la fin du Ramadan m'a enseigné la pratique de la prière que je ne connaissais pas encore par coeur à mon arrivée. Mes dix jours au Caire ont consisté en visites de pyramides, musées et quartiers populaires, mais aussi rencontres de musulmans qui m'ont accueilli avec gentillesse et tact. Je partis de cette ville après la fin du Ramadan avec au coeur la sincérité partagée avec mes frères arabes, plus une phrase: "je remercie d'avoir connu l'Islam avant les musulmans" prononcée par l'Imam d'une mosquée lorsque j'ai découvert qu'on m'avait 'pris' mes chaussures pendant la prière.

Un passage en car au dessous du canal de Suez et me voici dans le premier lieu Saint du voyage: le Mont Moïse dans le Sinaï, avec en son sommet la beauté du voisinage d'une chapelle et d'une mosquée. La joie de pouvoir prier dans ce haut lieu de la religion monothéiste et le contraste entre la lourdeur des amas de décorations et richesses des églises avec le dénuement des salles de prière musulmanes. La frayeur de la descente de la montagne à la nuit tombée, puis le jour et le taxi collectif vers la terre de Palestine.

Elat, Beer Sheva, puis Gaza pour visiter les mosquées envahies par les messages de lutte des palestiniens prisonniers dans ce ghetto, Tel Aviv l'occidentale, puis enfin Jérusalem la Sainte.

Un lit dans un sleeping près de la porte de Damas dans la vieille ville, et me voici prêt à me perdre dans les dédales de la capitale du monothéisme. Une visite dans le Dôme du Roc, puis à la Mosquée Sainte Al Aksa, après avoir dû prouver mon appartenance à l'Islam, ensuite c'est le mur des lamentations en contre bas. Pâques à Jérusalem, le voeu de tant de Chrétiens qui se bousculent dans le Saint Sépulcre et tous les lieux de culte de cette ville. Je me rends compte de ma chance de pouvoir réaliser le rêve de tant de croyants. J'entame la lecture de la Bible après le Coran, je visite temples, églises, mosquées et lieux saints des environs de Jérusalem. La Via dolorosa du chemin de croix étant en zone musulmane, j'observe l'ironie avec laquelle ceux-ci regardent les Chrétiens qui dans leur ferveur ardente vont jusqu'à se battre dans le Saint Sépulcre, afin d'éponger avec leur mouchoir quelques gouttes d'eau bénite sur la pierre qui à reçu le Christ crucifié. Par contre, hors des lieux sacrés, les endroits de prière résonnent de la Foi dans toutes les langues du monde et les discussions improvisées avec les représentants des cultes donnent au Chrétien-Musulman l'occasion d'espérer en la tolérance.

Une discussion avec un Imam après la prière, et me voici invité dans un camp de réfugié à Bethlehem pour passer la nuit à la lumière des miradors et patrouilles israéliennes avant d'aller visiter la ville et son église de la Nativité. Puis voici Hebron, le tombeau des Patriarches qui renferme une synagogue et une mosquée. Une nuit chez des amis pour comprendre la tension qui règne ici entre juifs et musulmans, et voir la répression et les tracasseries à l'encontre des palestiniens de la région. De retour à Jérusalem, je fais un voyage qui me mène à Massada, la mer morte où j'expérimente la forte poussée d'Archimède et la douleur des blessures trempées dans cette eau, enfin Jericho où je visite un monastère à flanc de montagne.

Le lendemain, me voici dans un taxi à destination du 'Bridge', ce petit pont de bois près de Jericho qui est la seule ouverture entre Israël et la Jordanie encore en guerre. Les généreuses taxes versées aux douaniers israéliens précèdent le copieux paiement du voyage jusqu'à Amman, dans une ambiance électrique.

Deux semaines à parcourir Amman en tous sens afin d'obtenir le visa pour l'Arabie Saoudite et un billet de car ou de taxi collectif jusqu'à la Mecque. Après l'intervention de l'ambassade saoudienne de Paris, j'obtiens enfin le visa, mais je suis obligé d'acheter un billet d'avion comme tous les non arabes. Ceci est pour moi l'occasion de visiter la capitale Jordanienne ainsi que son ministère des affaires religieuses et de rencontrer des gens plus ou moins bien intentionnés à mon égard. Mon habitude du marchandage m'est très utile et je peux observer que les saoudiens sont parfois difficiles à comprendre et à convaincre.

Le passeport enfin tamponné et deux semaines avant le départ pour Jeddah, je pars vers le sud visiter Kerak, ex bastion des croisés, puis c'est l'émerveillement de Pétra, ville taillée dans le roc d'une montagne, avant de rejoindre le désert jordanien et Wadi Rum encore hanté par Lawrence d'Arabie, et enfin Aqaba d'où j'aperçois la frontière entre l'Egypte et Israël passée un mois auparavant. Cette région splendide d'un des bras de la mer rouge compte, sur quelques kilomètres de côte, trois frontières séparant quatre états dont le moins qu'on puisse dire, c'est que leurs relations sont difficiles. Lors de mon séjour à Aqaba, j'ai rencontré de nombreux descendants de Palestiniens qui m'ont raconté le 'nettoyage' du nouvel état d'Israël en 1948. Certains ne songeaient qu'à rejoindre le Hezbollah pour lutter contre Israël.

Après le retour à Amman, j'ai visité Jerash, ancienne ville romaine, puis le Mont Nebo qui surplombe la terre promise que Moïse a pu de cet endroit contempler avant de mourir. Après cette dernière étape, je prépare mes bagages déjà encombrants de deux mois de voyage, et je prends le bus vers l'aéroport d'Amman. J'aperçois les premier Hadjis en tenue d'Ihrâm. L'avion que j'attends a deux jours de retard... mais heureusement un avion de Hadjis arrive de Thaïlande et je peux embarquer pour Jeddah en Arabie Saoudite... ouf!

IV. Description du Hajj

Les explications non référencées de ce chapitre sont tirées de la brochure "Les cinq piliers de l'Islam" et de documents fournis par le centre culturel islamique de Rennes, bd du Portugal 35200 Rennes.

A. Le Pèlerinage dans le Coran

Dieu Le Très - Haut a dit:

"Lance parmi les gens un appel pour les inviter au pèlerinage, et ils viendront l'accomplir à pied ou sur toute monture légère, des contrées les plus lointaines, afin qu'ils assistent à des choses pleines de profits (matériels et spirituels) pour eux et qu'ils prononcent le nom de Dieu (en le glorifiant) en des jours bien déterminés, pour leur avoir donné du bétail (à immoler). Mangez-en et donnez-en au malheureux indigent. Puis, abandonnant tout interdit rituel, qu'ils accomplissent leurs voeux et qu'ils fassent les tours rituels (les sept tours) autour de la maison antique (La Kaaba)."

Chap. 22, Vers.27

Traduction des versets Chap.2 Vers.197-204 et Chap.22 Vers.27-38 de "La Nobla Korano" (Serie Oriento - Okcidento, Universala Esperanto-Asocio Kopenhague 1970)

Accomplissez le Pèlerinage et la Oumra pour l'amour de Dieu, mais si cela n'est pas possible, compensez par quelque chose de plus facile; et ne vous rasez pas la tête avant que l'offrande n'ait atteint sa destination. Que ceux qui sont malades physiquement ou mentalement le remplacent par le jeûne, des aumônes ou des offrandes. Quand vous serez en sécurité, ceux d'entre vous qui désirent accomplir la Oumra en même temps que le pèlérinage, qu'ils fassent une offrande ou bien qu'ils jeûnent trois jours pendant le pèlerinage et sept jours après leur retour, c'est à dire au total dix jours. Ceci est valable pour ceux dont la famille n'habite pas la cité du temple sacré. Respectez Dieu et sachez que Dieu châtie durement.

Chapitre 2, Verset 197

Les mois du pèlerinage sont connus, donc que ceux qui ont décidé d'accomplir le pèlerinage n'approchent pas de femme, s'abstiennent de pécher ou de provoquer le désordre pendant le pèlerinage. Dieu sait le bien que vous faites. Munissez vous de provisions, mais la meilleure des provisions, c'est la justice. Respectez donc Dieu, hommes prudents!

Chap.2, Vers 198

Vous n'encourrez aucun péché à chercher la grâce de Dieu, et lorsque vous reviendrez d'Arafât, vous invoquerez Dieu à Mâs'ar-al-Harâm et vous souviendrez comme Il vous a guidé alors que vous étiez égarés.

Chap.2, Vers 199

Ensuite, revenez d'où les hommes revinrent et cherchez le pardon de Dieu; vraiment Dieu est pardon et miséricorde.

Chap.2, Vers 200

Lorsque vous aurez accompli les rites de l'adoration, invoquez Dieu comme l'ont fait vos pères, et même avec plus de ferveur. Parmi le hommes, il y a ceux qui disent: "Seigneur Dieu, donne nous dans cette vie les belles choses de ce monde". Aucun d'entre eux ne prendra part à l'autre vie.

Chap.2, Vers.201

D'autres disent: "Seigneur Dieu, donne nous dans cette vie les belles choses de ce monde ainsi que dans l'autre vie, et préserve nous du supplice du feu !".

Chap.2, Vers.202

Ils recevront selon leurs mérites. Dieu est rapide dans son jugement.

Chap.2, Vers.203

Invoquez Dieu pendant le nombre de jours défini; ceux qui, abrégeant la durée, partent après deux jours, n'encourront pas de péché; de même que ceux qui resteront plus longtemps. Ceci est pour les homme justes. Respectez Dieu et sachez que c'est Lui qui vous a rassemblés.

Chap.2, Vers.204

Souvenez vous, quand Nous désignâmes à Abraham le lieu du Temple: "Ne Me donne aucun rival, et purifie Ma Maison pour ceux qui tournent autour d'Elle, prient et se prosternent.

Chap.22, Vers.27

Lance parmi les gens un appel pour les inviter au pèlerinage, et ils viendront l'accomplir à pied ou sur toute monture légère, des contrées les plus lointaines,

Chap.22, Vers.28

afin qu'ils attestent des bienfaits pour eux-mêmes; et qu'ils invoquent le nom de Dieu en des jours déterminés, afin de Le remercier de leurs avoir donné du bétail pour se nourrir. Mangez-en donc et donnez-en au pauvre et au miséreux.

Chap.22, Vers.29

Ensuite, qu'ils se purifient et expriment leurs voeux et tournent autour de la Maison antique.

Chap.22, Vers.30

Ainsi soit-il. Pour qui honore les choses sacrées de Dieu, cela vaut mieux pour lui auprès de son Seigneur; la chair des animaux vous est permise, sauf celle de ceux qui ont été mentionnés. Evitez donc la souillure des idoles et évitez les mensonges.

Chap.22, Vers.31

Vouez votre culte à Dieu seul et ne lui donnez aucun rival. Pour ceux qui donnent des rivaux à Dieu, c'est comme s'ils étaient tombés du ciel, happés par des oiseaux et poussés par le vent vers une terre lointaine.

Chap.22, Vers.32

C'est ainsi. Pour celui qui respecte les rites sacré de Dieu, cela vient de la justice de son coeur.

Chap.22, Vers.33

Ces offrandes vous seront utiles pour une durée déterminée, ensuite leur destination sera le Temple antique.

Chap.22 Vers.34

A chaque peuple, nous avons prescrit un rite pour les offrandes, afin qu'ils vénèrent le nom de Dieu et Le remercient pour les animaux qu'Il leur a donnés en nourriture. Votre Dieu est unique; soumettez vous à Lui et apportez la bonne nouvelle aux humbles

Chap.22 Vers.35

dont le coeur est rempli de respect lorsque le nom de Dieu est prononcé, et qui supportent avec patience ce qui les atteint, qui font la prière et partagent avec les autres ce que Nous leur avons donné.

Chap.22, Vers.36

Les chameaux conduits au sacrifice sont une institution de Dieu. Invoquez le nom de Dieu sur eux lorsqu'ils sont en rang. puis lorsqu'ils tomberont couchés et morts sur leur flanc, nourrissez-vous de leur chair et nourrissez les pauvres et les mendiants. C'est ainsi que nous les avons mis à votre service pour que vous soyez reconnaissants.

Chap.22, Vers.37

Ni leur chair, ni leur sang n'arrivent jusqu'à Dieu, mais c'est votre respect qui remonte à Lui. C'est ainsi que nous les avons mis à votre service pour que proclamiez la grandeur de Dieu, car Il vous a guidé, et que vous annonciez la bonne nouvelle aux hommes de bien.

Chap.22, Vers.38

B. Conditions du pèlerinage

Le fidèle doit être adulte, sain d'esprit, sain de corps et assez aisé pour subvenir aux frais du voyage et à l'entretien de sa famille durant son absence.

C. Différentes formes de Pèlerinage

Extrait du "Guide du pèlerin", imprimé et distribué par la présidence des directions des recherches islamiques, d'IFTA et de prêche et orientations à Riyadh. Royaume d'Arabie Saoudite 1409 H. -1989.

Les rites du Hajj (Grand Pèlerinage) peuvent se pratiquer sous trois formes:

1) Al tamattoue': c'est la façon d'effectuer d'abord la 'Oumra'(petit pèlerinage individuel) en portant la tenue d'Ihrâm, c'est à dire se draper des vêtements rituels, et ce durant les mois du Hajj. Sitôt terminée la célébration de la Oumra, le pèlerin se désacralise et jouit de la vie normale licite durant le temps qui s'écoule entre la Oumra et le Hajj.

Ensuite, le jour de la Tarwiyah (le 8° de Zul Hijja) il se drape de nouveau de la tenue d'Ihrâm, soit de la Mecque ou tout près, à Mina par exemple; et ceci doit être dans la même année suite à la Oumra.

2) Al quirane: c'est la façon d'effectuer la Oumra et le Hajj conjointement, drapé des vêtements rituels, sans aucun laps de temps de désacralisation entre les deux. Le pèlerin ne se désacralise que le jour de l'immolation du sacrifice offert à Allah.

Il peut même débuter par la Oumra (avec la tenue d'Ihrâm) puis y joindre le Hajj, en exprimant la formule nécessaire, avant de procéder à la circumambulation autour de la Kaaba (le 1er rite de la Oumra).

3) Al ifrâd: c'est la façon de procéder au Hajj (sans Oumra) en portant la tenue d'Ihrâm, soit à partir du Miquâte (le lieu géographique qui limite le territoire sacré) ou de la Mecque même si l'on y réside, ou d'un autre lieu avant le Miquâte.

Le pèlerin reste ainsi en tenue d'Ihrâm jusqu'au jour de l'immolation de son offrande s'il possède déjà l'animal à sacrifier. Sinon il est autorisé à interrompre son Hajj et le transformer en Oumra. Il effectue alors la circumambulation autour de la Kaaba et les sept parcours du Saï entre Al Safâ et Al Marwâ, et enfin se coupe les cheveux ou se rase, et se désacralise, applicant ainsi les instructions du Prophète concernant les pèlerins qui n'ont fait le voeu et pratiqué l'Ihrâm pour le Hajj sans posséder un animal à sacrifier en offrande.

Il en est ainsi de même pour le pèlerin effectuant le Hajj par Quirane et qui ne dispose pas d'offrande: il peut interrompre son Hajj par Quirane et accomplir la Oumra, comme précédemment expliqué. Et ensuite, il procède au Grand Pèlerinage (Hajj) avec les pèlerins.

Le meilleur des rites à pratiquer est le Hajj par Tamattoue' et ce, pour celui qui ne conduit pas avec lui l'animal à immoler en sacrifice, parce que le Prophète l'a recommandé à ses Compagnons, et leur a marqué sa préférence pour cette façon de Pèlerinage.

D. Les rites du Pèlerinage

La pratique du Pèlerinage obligatoire est réglée par des rites. Ces obligations sont les suivantes:

1) Al Ihrâm. C'est le rite de sacralisation. Le Hadji doit faire ses ablutions et invoquer son intention d'entrer dans le Ihrâm: il s'habillera d'un simple tissu non cousu, de préférence en blanc, se chaussera de sandales. Il s'abstiendra durant l'Ihrâm de se raser ou se couper les ongles, mais pas de se nettoyer. Car il lui est recommandé de faire laver son corps autant qu'il le voudrait et qu'il le pourrait. Il se dirigera vers la Mecque tout en répétant les prières suivantes:

"Labaîka Allahouma Labaîka La Charika Laka Labaîka Inna El Hamda Wa Niimata Laka Wa L'Moulka La Charika Laka"

2) Tawâf Al Ifâdah. Les sept tours rituels autour de la Kaaba.

Une fois arrivé à la Mecque, le Hadji doit se diriger vers El Masjid El Haram en vue de faire le Tawaf.

Le Tawaf, c'est le fait de tourner autour de la Kaaba sept fois, et de faire une prière de deux rekaas à la fin.

3) La Sayou entre Assafâ et Al Marwa qui doit être accompli immédiatement après le Tawâf, c'est aller entre Safa et Marwa sept fois.

4) Le woqoûf de arafat, la station d'arafat.

Aller à Arafat la veille de El Adha et visiter Jabal Er-Rahma et se préparer pour les grandes prières de Arafat.

5) Le soir, aller de Arafat à Al Mozdalifat, puis Mina où il est recommandé de passer trois nuits (lapidation de Satan, fin du Ihram et sacrifice du mouton).

6) Le Hadji doit retourner à la Mecque en vue de faire le Tawâf El-Ifada

7) Visite du tombeau du Prophète à Médine: cette visite peut se faire soit avant les jours de pèlerinage, soit après.

E. Interdictions durant le Pèlerinage

Les interdictions durant le Pèlerinage: dès qu'il est sacralisé, le pèlerin doit s'abstenir totalement de:

1) Se couvrir la tête.

2) Couper ou arracher un poil de son corps ou cheveux de sa tête.

3) Couper un ongle de ses mains ou de ses pieds.

4) Porter des habits confectionnés ou des chaussures cousues (les sandales sans coutures sont permises).

5) Tuer la moindre bestiole ou insecte tels la mouche, le moustique, le poux etc... à l'exception de bêtes nuisibles telles le scorpion et les reptiles venimeux pouvant causer des préjudices à l'homme.

6) Tuer un gibier quelconque durant toute la période de l'Ihrâm.

7) Se parfumer, sentir ou porter avec soi tout parfum de quelque nature que ce soit.

8) S'adonner aux relations sexuelles ou à tout ce qui est considéré comme préparation aux relations sexuelles.

9) Contracter le mariage ou faire une demande en mariage.

V. Expérience du Hajj

L'arrivée à Jeddah se fait dans le terminal de l'aéroport spécial pour Hadjis. Les pèlerins sont massés dans une grande pièce en attendant le contrôle de la douane. Depuis une heure avant l'atterrissage, les Hadjis répètent sans fin les invocations à Allah qui rythment le pèlerinage. Ceci crée une ambiance surnaturelle qui ajoute à la tenue de sacralisation d'une partie des passagers. Enfin la douane... Les douaniers saoudiens semblent faire un jeu du contrôle fouillé des bagages. Lorsque c'est mon tour, je ressens à leur regard les prémisses d'une catastrophe. Ils s'activent autour de mes lourds sacs et soudain, une exclamation, l'un d'eux vient de tomber sur une carte d'Israël glissée dans une poche. Ils sont maintenant quatre à défaire tous mes sacs et disséquer mes affaires à la recherche d'une autre pièce à conviction. Ca-y-est, l'un d'entre eux vient de trouver la croix que j'ai achetée à Jérusalem pour ma mère, pendant qu'un autre me demande d'un air narquois 'how do you feel ?'. Heureusement j'ai refusé que la douane israélienne ne tamponne mon passeport, et la photo de Yasser Arafat ainsi que les nombreuses affiches palestiniennes rassurent un peu les douaniers. Je reste deux ou trois heures à languir dans un bureau et enfin je peux m'expliquer avec un responsable qui me dit que la croix me sera restituée à mon départ. Pendant mon attente, j'ai l'occasion d'entendre des cris dans un bureau voisin, où un 'trafiquant' passe en mauvais quart d'heure. Décidément, ça ne rigole pas ici... Je sors de cette épreuve anéanti et je m'allonge par terre au milieu de la marée de Hadjis qui va et vient dans la chaleur moite de la nuit. J'attends près d'un jour dans le chahut permanent des pèlerins qui se bousculent pour monter dans les cars, avant de donner mon passeport à un chauffeur et devenir ainsi pour toute la durée du Hajj le mouton retenu par la corde invisible de mes papiers disparus.

La montée dans le car est une scène de folie collective où Arabes, Asiatiques et Africains s'insultent et se bousculent pour grimper par tous les moyens et toutes ouvertures. Deux heures d'attente avant le départ dans une nervosité insoutenable et une chaleur étouffante. Mais voici la route pour Médine dans le serpent lumineux d'un train de cars qui rampe dans la nuit.

L'arrivée au petit matin après une nuit sans sommeil est envenimée par le poids de mes bagages. Je dénote des autres pèlerins par le volume de mes sacs et les habitants de Médine me baladent dans le centre de la ville à la recherche d'une hypothétique chambre. A bout de force, je fais le tour des 'chambres d'hôte' et par chance je trouve un groupe de quatre Pakistanais qui m'acceptent avec eux. Enfin un peu de repos... Quelques heures plus tard, je suis dans la mosquée du Prophète qui semble perpétuellement en travaux. La première prière à Médine dans une ferveur retrouvée parmi l'uniformité des draps blancs surmontés de visages de tous types humains. L'un des occupants de la chambre est un Imam qui donne le rythme des déplacements pour les prières. La première est à 3 heures et demie du matin, mais quelle récompense de pouvoir prier avec plusieurs centaines de milliers de pèlerins dans une des mosquées Saintes! A l'extérieur de la mosquée, des minibus nous emmènent visiter des champs de batailles et tombeaux, mais aussi d'autres mosquées importantes: la mosquée Qobâ (première mosquée construite à Médine), Masjid Al jomouah (première mosquée où le Prophète a présidé la prière en commun du vendredi), et surtout la Mosquée qiblatayn qui contient deux Qibla, l'une orientée vers Jérusalem et l'autre vers La Mecque, résultant du transfert d'orientation de la prière décidée par le Prophète.

Trois jours après, c'est le grand départ vers la Mecque. Une demi journée d'attente par quarante degrés à l'ombre et c'est le car qui nous emmène... pas très loin, puisque nous arrivons au Miquâte pour faire nos voeux, et pour ceux qui ne l'ont pas encore vêtu, mettre la tenue de sacralisation. L'ambiance en cet endroit et ce moment est très recueillie, et c'est l'occasion pour le pèlerin de faire le point sur sa vie et d'envisager son avenir. Je n'aurais jamais cru pouvoir penser si rapidement et si précisément à tant d'expériences vécues ou de sentiments. Ce moment est peut être semblable à la vision de toute sa vie, un instant avant de mourir. Mais voici que le car se remplit de nouveau et c'est une autre nuit de voyage vers la Mecque.

A l'arrivée, les européens et américains sont regroupés et amenés par des bus spéciaux vers le point de rassemblement réservé pour eux. C'est un genre de hall de gare dans lequel les pèlerins qui n'ont pas de chambre dorment dans le bruit continuel et la lumière des néons. Après quelques informations sur le prix des chambres, je me résous à m'installer ici.

Accompagné par un Erythréen rencontré dans le bus, nous voici dans la rue qui mène à la mosquée Sainte. Entrée contrôlée, appareils photo interdits, n'est-ce pas la Kaaba que j'aperçois entre deux colonnes de marbre? Mais si! Enfin j'y suis! Le Tawaf commence dans la bousculade, je ne m'approche pas de la pierre noire car les gens se battent près de la Kaaba pour l'atteindre. Qu'à cela ne tienne, un signe de la main au passage suffit, il faut suivre les règles du pèlerinage et être courtois avec mes frères musulmans. Une prière, puis c'est la course entre Safa et Marwâ, entouré des Iraniens, Afghans, Philippins ou autres, et dont certains hurlent en transes 'Allahou akbar!' en regardant la Kaaba. Puis un tour à la source Zem Zem pour boire de l'eau sacrée avant de se recueillir sur les dalles de cette énorme mosquée qui peut contenir jusqu'à un million de fidèles. Une prière collective, le Tawaf s'arrête, et voici le troupeau des pèlerins qui se prosterne en cercle autour de la Kaaba, symbolisant le monde musulman qui tourne autour de cet édifice et se renvoie l'écho de la prière au gré des fuseaux horaires. Cinq jours sans nuit entre les prières dans la mosquée Sainte et mon emplacement délimité par mon tapis de prière sur le sol du hall d'acceuil, farouchement défendu contre les marées humaines qui vont et viennent au gré des cars de pèlerins.

Un matin, départ pour Mina. Les groupes sont formés et montent dans les cars. Une heure d'embouteillage et c'est l'arrivée dans le plus grand camping du monde. Nous prenons place dans des tentes de bédouins juxtaposées et restons deux jours à prier, manger et errer. Mais voici le grand jour de la station d'Arafat. Le désordre ce matin est indescriptible pour monter dans les cars qui sont censés nous amener. La chaleur est torride et la promiscuité entre les hommes et les femmes intolérable en ce moment où ils ne devraient pas se côtoyer. Chacun monte comme il peut dans un car et la route commence... Près d'arafat, c'est l'asphyxie complète. Le chauffeur, on ne sait pourquoi ne veut laisser personne descendre alors que cela fait quatre heures que cela dure. Nous mettons douze heures pour faire cinquante mètres! L'ambiance est surréaliste, deux hommes commencent à se battre dans le car et les femmes supplient aux fenêtres que les passants leur donnent de l'eau. Dans cette course folle sur place, le prétexte d'aller aux toilettes ne marche même pas auprès du chauffeur qui prend le reste des passagers en otage lorsque l'un d'entre eux sort pour se soulager. Est-ce le chauffeur qui est idiot ou sadique ou bien est-ce une épreuve envoyée par Dieu pour nous purifier?

Dehors la campement est bondé et les passants nous regardent désabusés. Certains nous ravitaillent en eau. Tout est irréel, j'arrive à sortir pour faire une prière en m'orientant au juger et en pensant à tous ceux qui n'ont même pas pu arriver jusqu'ici, puis je retourne au car retrouver mes compagnons d'infortune. Le jour avance, la nuit tombe. Vers huit heures, le chauffeur semble se détendre, il est vrai que l'on approche de la fin, et le car a pu avancer de cinq fois vingt mètres pendant la dernière heure. J'en profite pour lui dire que je rentre à pied, il accepte... Je finis donc cette station d'Arafat dans les détritus laissés même dans la mosquée et je rejoins Mozdalifa en suivant le flot blanc des Hadjis dans le noir. Quel ciel, quelle journée! Quelques kilomètres à pied et c'est Mozdalifa, l'endroit où l'on passe la nuit et où l'on ramasse les petits cailloux pour lapider Satan.

Du haut de la colline où je suis monté, je vois le grouillement des taches claires en contre bas tandis que le train des cars de pèlerins s'éternise sur la route qui mène à Mina. Une nuit à la belle étoile et au petit matin, je reprends mon chemin vers Mina. La voie couverte qui mène aux statues de Satan, large d'une vingtaine de mètre, est un canal où s'entassent des millions de Hadji, avancant dans les tourbillons de la foule multiraciale et presque unicolore, vers l'endroit où l'on lapide Satan. C'est ici que l'on risque sa vie sur un simple déséquilibre et où tomber par terre ne laisse que peu de chances de se relever. La fin du parcours est le paroxysme de cette violence, lorsque les pèlerins lancent les cailloux vers les socles représentant Satan, souvent de trop loin, d'où leur atterrissage sur la tête des Hadji de devant, dans une véritable émeute où se mèlent enfants, vieillards et nourrissons aux bras de leurs parents. Dans la 'bagarre' j'ai même perdu une sandale que j'ai cherchée en vain dans un des nombreux tas où s'amoncellent les épaves rejetées par la tempête. Après cette épreuve qui traumatise même les Hadjis les plus aguerris, il reste à se tondre ou se raser les cheveux dans un gigantesque 'salon de coiffure' à ciel ouvert et recouvert du tapis des cheveux du monde entier. L'agneau correspondant au bon acheté dans une banque de Médine doit en être à l'heure du sacrifice. J'ai eu l'impression d'être lui, tout à l'heure, parmi le troupeau défilant dans la voie couverte, mais maintenant, je suis bien à ma place. Le cauchemar est presque fini. La plupart des pèlerins rentrent à la Mecque, certains restent encore un jour ou deux à Mina pour lapider Satan de nouveau. Je vois passer des cars remplis de pèlerins aux yeux hagards et je pense à mes compagnons d'hier qui sont restés toute la nuit assis dans notre car... Encore une soirée à quémander une place sous une des dernières tentes, des Egyptiens m'offrent un coin dans la leur. Au petit matin, une dernière lapidation de Satan, le car et les embouteillages vers la Mecque. Le dernier Tawaf, puis le départ vers Djedda que je visite pendant deux jours, épuisé mais heureux d'avoir réalisé un de mes rêves.

Enfin l'aéroport... Après quelque péripéties, je récupère mon passeport et je rencontre un groupe de Français bloqués ici depuis deux jours: on a inversé les paquets de passeports avec un autre car! L'attente dans la file du départ, à bout de force et toussant ou crachant la pneumopathie de quatre millions de personnes. Avant de sortir, cadeau , un Coran est offert à chaque passager, puis à l'embarquement, on me rend la croix de Jérusalem. Merci! A bientôt peut-être.

L'avion décolle, arrêt au Caire, je me souviens de mon début de voyage, et ces mosquées qui me disent au revoir... Amsterdam, Paris, TGV vers Rennes, ma famille, mes amis, merci la Vie!

VI. Conclusion

Près de quatre années après cette expérience, je revis certains moments comme si c'était hier. Depuis j'ai connu l'Islam en Asie et côtoyé d'autre religions. A travers les expériences multiples de mon parcours, la nature humaine me paraît de plus en plus unique, sous le vernis des civilisations qui portent les repères nécessaires à la situation de l'individu dans la société. La pratique de l'Islam diffère selon les régions du monde et les voyages font peut être ressortir la substance d'une religion en distillant les bienfaits qu'elle apporte aux différents peuples de la terre.

Le pèlerinage, concentré de cultures et lieu d'échanges entre croyants animés d'une même ferveur, apporte au croyant une vision nouvelle de la religion, après que la brutalité de moments parfois insoutenables s'effacent derrière le sens même de cette événement.

Un palestinien dans l'aéroport avant le décollage m'a dit que l'Islam avait besoin de s'enrichir de la civilisation européenne, ou peut être l'inverse. Mais quel exemple suivre pour réussir un mélange harmonieux? Paradoxalement, la réponse est sans doute le Liban qui malgré les années de guerre a offert le creuset où se fondent dix-huit communautés religieuses. Quant aux catalyseurs de la paix, ils ont sans doute pour nom Tolérance et Liberté.