Mzungu

 

Itinéraire d'un backpacker ordinaire

 

 

 

Juin - Septembre 2002

 

Bernard Couapel

 

 

C'est d'accord, je trouve même que c'est une idée très intelligente...

Non!!! C'est pas vrai, je n'en crois pas mes oreilles!!! Mon directeur vient d'accepter que je parte quatre mois l'été prochain pour faire mon voyage africain qui me mènera d'Alexandrie au Cap avec mon sac à dos. Mon travail a temps partiel de formateur en informatique peut être concentré sur le reste de l'année, et je serai donc payé normalement pendant mon absence.

Nous sommes en juin 2001, départ prévu le 1er juin 2002. D'ici là il faut convaincre la famille,travailler dur pour prendre de l'avance dans mon travail et préparer mon itinéraire et les formalités, vaccins et billet d'avion. Le décompte commence et je retrouve l'émotion des préparatifs de voyage qui m'ont déjà mené dans pas mal d'endroits de la planète.

 

J'avais fait une croix sur mon vieux sac à dos a la fin de mon tour du monde, il y a quatre ans. A quarante quatre ans, je ne pensais pas que la vie m'offrirait l'occasion de repartir avec mon sac qui était très fatigué par des voyages souvent inconfortables. Une brève inspection des coutures, c'est pas terrible, mais ma sentimentalité l'emporte et je décide donc de repartir avec. Après tout, j'arriverai bien à le réparer sur ma route en cas de problème. Et je repense à ces cordonniers sud américains, chinois ou arabes qui se sont déjà affairés sur lui pour que ma route et mes rêves continuent. Un petit tour à la librairie et me voici en possession du lonely planete 'africa' qui sera mon compagnon de voyage. Comme il est beau, tout neuf entre mes mains... mais je pense qu'au retour il aura la même tête que mes autres guides de voyage, tachés et froissés mais chargés de souvenirs et de papiers divers récoltés sur la route.

Dans quatre mois le départ, le travail se passe bien et il semble, je n'ose pas trop y croire, que je vais pouvoir me lancer dans cette nouvelle aventure. Les préparatifs se précisent, notamment pour les vaccins et visas. Entre les différents vaccins et le traitement contre le palludisme, je débourse déjà plus de deux cents euro, auxquels s'ajoutent les visas pour le Soudan et l'Éthiopie que l'on m'a conseillé de prendre en France, plus l'aller simple pour Le Caire. Je ne suis pas encore sorti de France et j'ai déjà déboursé près de huit cents euro. Mon budget est sérieusement entamé. C'est vrai que l'un des principes de mes voyages est de réduire mes dépenses à une quinzaine d'euro par jours, tout compris. Mon tour du monde m'a coûté huit mille euro sur près d'onze mois. Cette limitation budgétaire est liée à mes ressources mais aussi et peut être surtout pour mieux m'adapter aux pays visités qui sont en général pauvres. C'est vrai que mes meilleures rencontres se sont faites dans la simplicité d'échanges sur un banc public ou dans les conditions de voyage difficile où la solidarité peut s'exprimer. Un voyage en sac à dos est plus contraignant mais aussi plus riche que le tourisme confortable des chambres d'hôtel climatisées qui se ressemblent partout. La plupart des touristes emmènent leur quotidien dans leurs bagages et se préoccupent plus de retrouver leur confort devant des cartes postales en direct, choyés par des accompagnateurs qui filtrent les expériences de leurs clients. Le voyage avec un simple sac donne au routard un sentiment de liberté unique , même si les conditions de voyage avec un budget limité sont parfois difficiles, mais n'est ce pas là l'intérêt? C'est vrai que pour cela, il faut être sans cesse vigilant et prudent pour ne pas faire trop de mauvaises rencontres. Sur ce plan mes voyages m'ont rôdé et je me sens prêt à affronter l'Afrique et ses dangers. Est-ce de l'insouciance ou l'attrait de l'aventure, je ne le sais pas moi même. tout ce que je sais c'est que les voyages m'ont beaucoup appris sur le monde et sur moi même. De toutes façons, cela ne sert à rien de discuter sur les motivations d'un voyageur puisque lui même ne sait pas ce qu'il cherche, et même s'il le sait , ce qu'il trouve ne correspond jamais à ce qu'il avait imaginé, et heureusement !... Bref, les préparatifs sont assez longs et coûteux, mais s'il faut passer par là pour réaliser un nouveau rêve, soit.

 

Le décompte s'accélère, plus qu'un mois avant le départ. J'ai le billet d'avion Nantes Le Caire pour le premier juin. Mon sac est dans le salon, entouré de son contenu que j'ai éparpillé pour le recenser. Je regarde avec attendrissement les affaires qui ont déjà baroudé sur mon dos et comme avant chaque départ, je dis adieu à celles-ci car tout ce que j'emporte peut être volé en route. Juqu'à maintenant j'ai en général réussi à revenir sain et sauf et ramené la plupart de mes affaires parfois avec beaucoup de chance... Il me revient à la mémoire ma discussion avec mon 'copain' pistolero colombien dans le bus de Cali à Bogota pour qu'il me rende mon passeport... ou mes gamelles à moto entre New Delhi et Rennes. J'espère que ce voyage ne sera pas trop dangereux. Au fur et a mesure que le jour du départ approche, l'angoisse commence à poindre mais je connais déjà ce sentiment qui m'a accompagné à chaque départ. Je me raisonne en me disant qu'un accident peut m'arriver près de chez moi, et de toute façon c'est comme cela que j'aime vivre alors Inch Allah...

 

Ça y est, demain le départ! Je prépare mon sac, les médicaments dans une poche, quelques ustensiles de cuisine dans l'autre, mon lecteur CD, sac de couchage, cinq changes complets, une serviette et mes affaires de toilettes. Je n'ai rien oublié? Mes traveller chèques sont moitié dans mon blouson et moitié dans une poche sous mon pantalon, deux photocopies de mon passeport et mon carnet de vaccination, je suis paré. Mon passeport breton accompagne mon passeport français. J'espère bien continuer ma collection de tampons aux frontières qui lorsque je la montre, ravit les militants de la cause bretonne. Il me reste encore deux pages de libres sur mon document vert, cela va suffire pour la dizaine de pays sur ma route.

Je me couche sans trop y croire, départ pour Nantes à cinq heures du matin, je suis trop énervé pour dormir. Mes parents m'accompagnent dans cette première étape entre Rennes et Nantes et nous nous remémorons mes départs et retours de voyage sur la route. L'aéroport, l'enregistrement des bagages, et me voici dans l'avion. Escale à Clermont Ferrant, puis c'est l'aéroport de Milan que je connais déjà et la traversée de la Méditeranées pour atterrir au Caire. Nous survolons la ville vers trois heures de l'après midi et je me souviens de mon dernier passage dans cette capitale en 1992. Comme la vie est belle... mais trêve de sensiblerie, car il faut que je récupère mes bagages, et prenne un visa d'entrée. La chaleur est torride ici, et l'excitation des égyptiens permanente. Les formalités se passent sans problème et une heure après mon atterrissage, me voici devant l'aéroport à attendre le bus qui me mènera dans le centre ville. Les taxis essayent bien de me persuader mais je repousse leurs avances avec gentillesse mais fermeté. Ils comprennent à mon apparence et mon sac que je ne suis pas un touriste. L'un d'eux discute avec moi et m'apprend la différence entre le 'tourist' et le 'traveller'. Je me range à son opinion, décidément, c'est vrai que je suis un voyageur, et que ce statut m'offre la compréhension voire l'amitié des gens que je croise. La simplicité est universelle puisque dénuée de toute fioriture, elle reflète au mieux la personne et facilite les rapprochements entre les cultures et les êtres.

 

Le bus arrive et m'emmène vers le centre. Je suis le seul européen à bord et les arabes discutent avec moi avec leur gentillesse coutumière. Mon guide sous la main, je me mets à la recherche d'un hôtel pour ma bourse. Mais dans cette métropole, les prix sont relativement élevés, sans parler des rabatteurs en tout genre qui veulent me vendre de vrai faux papyrus et autres parfums. Je trouve enfin une chambre au Sun hôtel, en haut d'un immeuble. Je ne suis pas loin du Nil et je passe un long moment à contempler ce fleuve que j'espère remonter jusqu'à sa source. Comme il est majestueux dans sa course tranquille depuis le lac Victoria au coeur de l'Afrique, quel bonheur d'être ici! Mais mon voyage ne débute réellement qu'à Alexandrie et je ne compte pas trop m'attarder dans cette ville que j'ai déjà parcouru de long en large lors de ma dernière visite, surtout qu'à l'époque, je ne sais encore pourquoi, je m'étais trompé et que pendant deux jours j'avais regardé le plan à l'envers.... Si vous voulez apprendre à connaître une ville, perdez-vous... merci, j'ai déjà donné. Une petite visite aux pyramides de Giza en ce début juin où les touristes commencent à affluer. Pas très drôle pour le routard qui se fait sans arrêt solliciter par les marchands et accompagnateurs. Je prends un bus pour y aller mais déjà des égyptiens veulent m'orienter vers leurs amis qui organisent des balades à dos de chameau. Très peu pour moi, merci... la dernière fois après le forcing d'un guide, j'avais accepté une promenade... A la suite d'un féroce marchandage, j'avais payé pour le chameau, mais ensuite, une fois en route le guide m'avait fait payer pour le cheval qui l'accompagnait et lui même... Je m'étais retrouvé avec comme seul argent en poche le prix du ticket de bus pour le retour à l'hôtel. Mais cette fois-ci mon accompagnateur m'amène voir un de ses amis qui vend du parfum. De la terrasse du magasin on peut voir parfaitement les pyramides. Je sors mon appareil photo et appuie sur le déclencheur... rien ne se passe, mon kodak a des défaillances. Je l'avais acheté quatre ans auparavant à Panama après m'être fait voler le précèdent en Colombie et depuis il était resté dans un tiroir à attendre le prochain voyage. Tant pis pour la photo, ce qui compte, c'est ici et maintenant et le souvenir visuel de cette splendeur. Retour à l'hôtel, promenade dans le centre du Caire et préparatifs pour le départ demain vers Alexandrie, le vrai début de mon voyage.

 

Au petit matin, me voici à la gare du Caire. Comment aller à Alexandrie? Je fais l'aller et retour entre les taxis collectifs et le guichet des billets de train. Je décide de prendre la voie ferrée et me voici après deux heures de trajet à la gare d'Alexandrie. Certes les taxis et guides me harcèlent pour m'emmener mais les gens ici sont beaucoup plus calmes et gentils. Mon lonely planete me conseille un hôtel pas cher face à la mer et après quatre étages d'escalier, je me retrouve essoufflé à la réception de l'hôtel. La chambre est sale mais la vue est magnifique. Je réessaye de prendre une photo, l'appareil se remet à marcher, mais il faut enlever et remettre les piles à chaque prise de vue... curieux... Pendant trois jours je me perds avec délice dans les rues de cette ancienne métropole qui il faut bien l'avouer a perdu beaucoup de sa splendeur passée. Il reste cependant une ambiance de douceur de vivre dans cette ville colorée. La température est élevée mais l'air marin raffraichit l'atmosphère, sans parler de la douceur d'un bain de pieds dans la méditerranée. Les sirènes du port d'Alexandrie ont toujours la même mélodie. J'ai beau écouter, pas de sirènes dans le port de pêche qui fait face à l'hôtel. Mes chaussure me chauffent les pieds, il va falloir que je trouve une solution. C'est vrai que tous mes voyages se sont fait principalement en tongues, les meilleures chaussures, simples, fraîches et pratiques. J'achète donc une paire de chaussures 'ouvertes' plus adaptées à mes habitudes de voyage.

 

Prochaine étape, Louxor. Je prends un train de nuit qui m'amène dans ce haut lieu de l'Égypte ancienne. Après douze heures de trajet j'arrive dans cette ville très touristique. Il fait très chaud et le kilomètre parcouru pour atteindre le 'Grand Hôtel' me fait suer sang et eau. Les chambre sont petites et inconfortables mais il y a un ventilateur et pour deux euro, il ne faut pas être difficile... Je laisse mes bagages et vais voir le Nil. Ici le harcellement est constant pour les étrangers. "Calèche? Feluca? taxi?" ces mots résonnent sans cesse dès que je croise un guide ou conducteur. Je décide donc de ne pas trop m'attarder dans cette ville dénaturée par le tourisme. Une visite du temple de Karnak, cher mais grandiose. La soeur jumelle de l'obélisque de la place de la Concorde à Paris trône devant le temple et me rappelle les pillages des 'touristes' occidentaux lors de leurs conquêtes. La chaleur et ma réticence a violer les tombeaux de la vallée des Rois m'incitent à éviter cette visite. De toutes façon, les prix pratiqués sont largement supérieurs au contenu de ma bourse et je préfère rester à discuter avec les gens d'ici lors de rencontres ou de marchandage. Le soir, sur le chemin de mon hôtel, une musique à pleine puissance, il s'agit d'un mariage. La fête se déroule dans la rue, on m'invite à m'asseoir et m'offre un soda. Je reste à observer la convivialité qui s'instaure en ce moment magique. Deux ensembles de tables et de bancs séparés par une piste de danse improvisée près de laquelle trônent les mariés. D'un côté les hommes et de l'autre les femmes et les enfants, assis bien sagement à regarder le spectacle. Sur la piste, le ventre des femmes s'anime et les hommes dansent les bras en l'air selon leur style moyen oriental. Soudain, près des tables de femmes, une adolescente se lève sur son banc et se met en mouvement, fortement réprimendée par sa mère, mais la musique est en ce moment plus forte que la bienséance et la jeune fille continue sa danse sous le regard réprobateur de la mère. Ici pas d'alcool mais une joie et un partage sincère. Après trois jours à visiter cette ville, je décide de continuer ma route vers Assouan, dernière étape égyptienne de mon voyage. Au petit matin, je monte donc dans le train qui m'amène à la ville du fameux barrage. Pendant le voyage j'observe le Nil qui dessine une longue et étroite bande verte dans de désert. Il fait de plus en plus chaud et la sortie du train climatisé donne un choc thermique difficile à supporter. Une heure de marche avec mon sac pour trouver un hôtel assez central et pas cher. Je m'effondre sur mon lit, assommé par la chaleur. Le soir, promenade dans la ville, les rue sont animées et les touristes assez nombreux. Mon kodak montre de plus en plus de signes de défaillance. Après un long marchandage, j'achète un appareil photo une vingtaine d'euro, me voici paré pour le reste du voyage. A la fin, je deviens presque ami avec le vendeur, c'est vrai que le marchandage est l'occasion pour les arabes de lier contact avec les gens, cela fait partie de la relation sociale puisque pendant la négociation, chacun se raconte. C'est un des nombreux moyen d'approcher la mentalité d'un peuple. Chaque civilisation a sa manière de marchander et les différences dans ce domaine entre les arabes, les chinois, les indiens d'Amérique ou d'Inde par exemple montrent les différences de relation avec l'argent et le matériel... sans parler des économies que l'on fait puisque le prix de départ est indicatif. Si on ne marchande pas, c'est une preuve de naïveté, voire de bêtise dans ce pays.

Un magasin de vêtements d'Etat, et me voici pourvu d'un turban et d'un djellaba. Prêt pour le désert et la chaleur. Le lendemain, un petit tour au fameux barrage d'Assouan. Cet ouvrage impressionnant barre le Nil et produit de l'électricité. La retenue d'eau en amont est le lac Nasser sur lequel naviguent des bateaux et notamment celui qui me mènera dans deux jours au Soudan. Le barrage est protégé par des militaires et leur défense antiaérienne. Ce point est en effet très stratégique puisque une simple bombe détruisant cet ouvrage dévasterait presque entièrement l'Égypte par l'immense vague qui déferlerait le long du cours du Nil. Un train à bout de souffle jusqu'au terminal maritime, puis le trajet à pied jusqu'au barrage. A l'arrivée, des soldats me disent qu'on ne peut pas aller à pied sur la route du barrage, ils arrêtent une voiture qui me conduit au centre de l'ouvrage. Je discute avec les militaires qui me trouvent marrant avec mon turban, ils m'invitent à boire du thé et posent avec moi pour la photo souvenir. Les cars de touristes s'arrêtent régulièrement pour laisser les passagers profiter pendant quelques minutes de la vue et se désaltérer au prix fort. Au bout de deux heures je décide rentrer à Assouan, il me faut faire du stop car je ne peux rentrer à pied. Un ingénieur de la centrale électrique me prend dans sa voiture, nous nous arrêtons à son travail, il m'offre du thé en me racontant l'histoire du barrage en arabe, ce qui limite ma comprehension aux quelques mots qu'il peut traduire en anglais, mais qu'importe, ce ne sont pas les mots qui comptent. Merci, au revoir... Après deux bus, me voici de retour à Assouan où je finis mon séjour entre le coca cola frais, le thé et la chicha, pipe à eau dans laquelle on fume un mélange parfumé légèrement planant. C'est vrai qu'il n'y a qu'en voyage que je bois du coca cola, peut être parce-que on peut en trouver partout et que cela donne une impression de fraîcheur passagère, mais surtout pour ces qualités décapantes dans des régions où la nourriture est parfois indigeste ou souillée. Mais c'est bien pour les propriétés 'médicamenteuses' que j'ingurgite cette boisson qui ne désaltère pas.

Un passage à l'agence pour le bateau qui va au Soudan, et me voici possesseur d'un billet de deuxième classe sur la bateau pour Wadi Halfa. Le lendemain, c'est le départ. Je reprends le train pour le terminal maritime et j'attends le départ du bateau dans la cohue pour trouver des places assises pendant que l'on bourre de bateau de sacs de grain, ou de produits exportés vers le Soudan. J'attends patiemment sur le pont supérieur du bateau, il fait 48 degrés à l'ombre. Ma bouteille d'eau se vide à vue d'oeil, le bateau part avec cinq heures de retard...

 

Enfin, le navire s'ébranle et je reste au bastingage à observer le barrage qui s'éloigne peu à peu au fur et à mesure que la nuit tombe. Splendide coucher de soleil sur le lac que j'immortalise à l'aide de mon appareil photo flambant neuf. Sur le bateau, c'est un mélange coloré d'arabes et de noirs plus quelques voyageurs occidentaux ou asiatiques. L'ambiance est très conviviale sur le bateau hormis certains responsables dans l'équipage qui hurlent sur les passagers indisciplinés. La nuit avance, chacun trouve sa place sur le navire en attendant que les vingt quatre heures de trajet s'écoulent. Un européen se trouve sur la même banquette que moi, il est polonais et nous discutons longuement de nos voyages. Il est sympa et va aussi vers Khartoum... nous allons sans doute faire la route ensemble. Plus loin, une jeune asiatique parle avec les passagers, elle est japonaise et finit une année d'études d'arabe au Caire, elle descend au Kenya avant de rentrer au Japon. Elle nous sert d'interprète avec les Égyptiens et Soudanais qui sont sidérés de voir une asiatique parler aussi bien l'arabe.

Les préparatifs pour l'arrivée sont en marche et il faut aller voir l'officier qui prépare les papiers pour l'immigration. Notre trio improvisé va le voir pour tamponner les passeports. A notre arrivée, il nous demande dans quel hôtel nous logerons à Khartoum qui est notre destination au Soudan. nous avons un look plutôt zonard après ces vingt quatre heures sur le bateau et nous ne connaissons pas de nom d'hôtel, l'officier prend alors un air pensif et nous cherche un mom d'hôtel: "Hilton?" propose-t-il pince sans rire, nous nous esclaffons tous et après une poignée de main nous resortons avec nos papiers en règle. Mais voici Wadi Halfa le port soudanais qui se rapproche lentement. Changement d'ambiance avec Assouan qui est une assez grande ville. Ici, il s'agit d'un simple village, ou plutôt d'un campement fait de tôles ondulées. Seul le terminal est en dur et la desserte se fait sur des camions ou taxi collectif qui font payer le prix fort aux passagers. De toutes façons, on n'a pas le choix. Et voici notre trio de choc qui se met à la recherche d'un moyen d'atteindre Khartoum. Deux solutions s'offrent à nous, soit le train qui part demain et prend deux jours pour atteindre la capitale soudanaise, soit le bus à travers le désert pendant un à deux jours. Il se fait déjà tard et nous optons pour le train. Un 'hôtel' peut nous héberger, mais les 'chambres' sont faites de tôles et de planches au travers desquels se faufilent araignées et lézards. Pas très ragoûtant... Après une discussion avec la japonaise et le polonais nous décidons de prendre le bus qui part de nuit... Six heures d'attente dans la chaleur étouffante du désert. Un blanc vient nous voir, il a le crâne rasé, parle en français mais semble un peu marcher à côté de ses pompes. Il ne veut pas nous dire sa nationalité et affirme qu'il n'en a plus. Un habitant m'explique que ce gars est arrivé il y a plusieurs semaines, qu'au début il avait l'air bien mais qu'après une nuit passée dans le désert son état mental s'est déterrioré. A-t-il mangé quelque chose, ou s'est-il fait piqué par une bête, en tout cas, il a pété les plombs et erre sans but dans le campement. On me demande si je peux aider ce français à atteindre Khartoum, là bas au moins il pourrait être soigné. Je m'emploie donc a ramener ce compatriote à la raison mais en vain.

Après une attente interminable dans l'obscurité trahie uniquement par les bougies et les lumières de phares, ca-y-est, le bus part. Et nous voici trimbalé dans le bus toyota 4x4 sous un merveilleux ciel étoilé mais sur une piste désertique dont les ornières obligent le chauffeur à tourner sans cesse le volant pour ne pas s'ensabler. Peine perdue car a plusieurs reprises le bus s'enfonce dans le sable. Le copilote descend pour mettre des rondins de bois sous les roues afin de pouvoir repartir. Il doit ensuite courir après le bus puisqu'il n'est pas question que l'on s'arrête. A un moment, l'ensablement est trop important et les passagers doivent descendre pour pousser le vehicule. Nous vivons cela dans une ambiance irréelle attisée par l'immensité d'un désert à perte de vue et dans une chaleur parfois insoutenable. Les fenêtres sont fermées à cause des vents de sable. Dans le bus, d'énormes bidons sont entreposés dans l'allée. Au début je pensais que c'était de l'essence, mais non, c'est de l'eau que se distribuent généreusement les passagers du bus. A la couleur de l'eau, je me contente de ma bouteille d'eau achetée à Wadi Halfa en économisant chaque gorgée. Le petit matin, la soif, la fatigue et les douleurs de l'inconfort. Le conducteur s'arrête... il est perdu. C'est vrai que pour se diriger dans ce désert il n'y a que les traces des autres véhicules plus quelques pierres surmontées d'un piquet... Après quelques tâtonnements, le conducteur retrouve la piste. Ouf! Trente kilomètres avant la première étape sur la route de Khartoum, enfin le bitume, quel bonheur...

Arrivée à Atbarak en fin d'après midi, trop tard pour le bus de Khartoum, il faut passer la nuit ici. Nous allons donc à la recherche d'un endroit pour dormir. Un hôtel se trouve a proximité de la 'gare routière', il s'agit d'un lieu à l'air libre où sont alignés des lits. Nous nous regroupons sur trois lits voisins, la japonaise entre le polonais et moi, c'est vrai qu'elle a un gros succès auprès des gars du coin. Les gens sont surpris de voir un trio aussi éclectique. Le sommeil réparateur se passe dans la douceur d'une nuit à la belle étoile et au petit matin nous nous dirigeons vers l'endroit d'où partent les bus pour Khartoum.

De nouveau le désert sa chaleur, son sable et ses ornières. A chaque arrêt du bus, c'est la ruée vers l'eau ou tout ce qui peut se boire. Parfois, on aperçoit au loin la bande verte du nil qui serpente dans le désert. Enfin nous arrivons à Khartoum, cette ville mythique dont le simple nom stimule l'imaginaire du voyageur, carrefour commercial et jonction du Nil bleu et du Nil blanc. Arrêt à la gare routière, nous prenons un bus vers le centre, sans savoir nous repérer. Arrivée sur une grande place remplie de minibus où se bousculent les passagers. Je prends le plan de la ville, et me dirige au juger dans une direction après avoir évalué le nord en fonction du soleil... mais il est midi... Krystof et Mamiko me hèlent alors que je suis déjà à cinquante mètre en avant. Je suis parti dans la direction opposée. Heureusement que Mamiko parle arabe... Il n'y a pas d'hôtel de libre car il y a un congrès en ce moment. Après un long moment à palabrer à la recherche d'un hôtel, Mamiko trouve un lieu semblable à l'hôtel d'Atbarak. Il y a des lits dehors et quelques chambres. Nous optons pour une chambre à trois lits sous le regard suspicieux des soudanais qui voient d'un très mauvais oeil la cohabitation de deux hommes et une jeune femme dans cet hôtel musulman. C'est mon père et mon frère dit Mamiko au responsable de l'hôtel. Il ne la croit pas bien sûr mais nos bonnes têtes et les capacités arabophones de Mamiko ont raison de la réticence du patron. Il nous demande cependant de laisser nos passeports dans le coffre de l'hotel. Nous nous exécutons sans entrain mais nous n'avons pas le choix. Il fait cinquante degrés à l'ombre vingt quatre heures sur vingt quatre et je décide de mettre mon djellaba. Petit tour en ville, nous achetons de l'eau. Les bouteilles d'un litre et demi ne font que deux gorgées tellement j'ai soif. L'eau réapparaît directement sous forme de sueur mais c'est pour moi un bon moyen de me rincer et de d'entreprendre de perdre l'embonpoint d'une vie sédentaire. Il y a aussi des jus de fruit dans des bassines remplies de glaçons sur lesquel se posent les mouches. Délicieux breuvage que j'engloutis presque cul sec, ne pouvant m'arrêter de boire dès que j'ai trempé les lèvres dans la fraîcheur du verre. Qu'importent les mouches qui partagent mon jus de fruit, il fait trop soif.

Petite promenade nocturne dans la ville, nous nous arrêtons pour manger des kebab et hamburger. Un japonais est assis sur une chaise, Mamiko discute avec lui, il parle un peu l'anglais. Après avoir été viré de son boulot au Japon, il s'est acheté un vélo et a entrepris de faire le Cap - La Caire à vélo. Il est ici depuis deux mois et attend qu'il fasse un peu moins chaud pour continuer... Il nous raconte ses péripéties, les enfants qui lui jetaient des pierres en Ethiopie. Nous passons la soirée ensemble et finissons attablés sur la rue devant une épicerie. Des soudanais passent et commencent à discuter avec nous de la coupe du monde de football. La France n'est pas encore éliminée et je rigole avec eux. Ils partent soudainement, et Kris s'exclame 'mon sac!!!' en essayant de les rattraper en courant.... trop tard le sac a bien disparu. Tout le monde est sonné. Il ne reste plus qu'à aller faire une déclaration à la police. Le commissariat fait aussi office de prison et l'on voit des ombres derrière les barreaux. Ce sont les prisonniers qui n'ont pas l'air très heureux, c'est le moins qu'on puisse dire... Comme je n'aimerais pas être en prison dans un coin comme ça... Le policiers se marrent à nous voir, deux japonais et deux européens, cela leur fait un dérivatif dans leur routine nocturne et ils demandent à Krys de raconter son histoire plusieurs fois. "Comment était votre voleur" demandent-ils à Krys. "Noir" répond-il. Ils s'esclaffent "Ah un Soudanais noir! comme c'est précis, cela va nous aider... Ha Ha Ha". Au bout d'un moment, nous comprenons qu'il n'y a rien a tirer, que des ennuis, à rester dans cet endroit, et nous retournons à l'hôtel. Heureusement que les passeports sont dans le coffre de l'hôtel. Le lendemain, Kris retourne au poste de police, il apperçoit le français de Wadi halfa sur un camion de police, il a dû se faire amener ici en train. Krys avait presque tout dans son sac, et il lui faut rentrer d'urgence. J'essaie de lui remonter le moral en lui disant que ce sont les mauvaises expériences qui font parfois les meilleurs souvenirs ou tout au moins les meilleures choses à raconter. Krys parti, Mamiko et moi décidons de continuer notre route vers l'Éthiopie. Le lendemain, c'est donc le départ pour Gedaref en bus. Il fait toujours très chaud mais l'herbe commence à apparaître du fait de l'altitude qui raffraichit un peu le climat. Arrivée le soir à Gedaref. Je suis un peu perdu, mais Mamiko a préparé le trajet grâce à la solidarité entre japonais qui leur fait laisser des message sur les moyens de voyager dans les lieux qu'il fréquentent. Elle règle tous les problèmes grâce à l'arabe quelle parle, et je me laisse donc conduire. Après un minibus pour traverser la ville, nous arrivons sur le lieu de départ des camions pour l'Éthiopie. Ceux-ci sont remplis de sacs de grain, d'outils et de passagers. J'ai un peu l'impression d'être dans un wagon a bestiaux, mais cela ajoute à l'aventure... Après deux heures d'attente à marchander le prix du transport et attendre de nouveaux passagers, c'est le départ. Nous nous accrochons solidement aux barres de fer qui entourent la plateforme et nous nous dirigeons dans le soleil couchant vers l'Éthiopie. Au bout d'un moment, le camion s'arrête, panne de lumière. Nous finissons la nuit allongés sur des bâches à la belle étoile, comme le ciel est beau... Au petit matin, on repart, je n'ai presque plus d'eau. On nous propose bien de boire de l'eau dans des outres, mais je me méfie. Cette nuit j'en ai pris une gorgée et j'ai déjà des maux d'estomac. En plein jour je comprends pourquoi... l'eau est marron... il faut être né ici pour pouvoir boire cette eau... Les autochtones me regardent bizarrement dans mon djellaba, mais ils sont sympa et surtout fascinés par la japonaise... La frontière en plein milieu de nulle part, nous sommes peu rassurés, mais les douaniers nous trouvent sympa, il me disent que je ressemble à Ben Laden dans mon accoutrement, c'est vrai qu'il est très populaire ici. Ils acceptent de tamponner mon passeport breton, la vie est belle.

Une barrière et c'est l'Éthiopie. Nous attendons un minibus qui nous amène à Gondard, ancienne capitale de l'ethiopie. Mais dans cette région, il vaut mieux avoir du temps pour voyager car les 'routes' sont très difficiles et les bus roulent à vingt kilomètres à l'heure. Après trois heures de route nous nous arrêtons et le conducteur nous informe qu'il faut attendre le lendemain pour le bus vers Gondar. Près de l'arrêt, il y a une sorte d'hôtel qui loue des chambres à côté d'un petit hangar où trône une télévision. Les gens du coin sont massée sur des bancs pour regarder le match du jour de la coupe du monde de football. Le type humain change drôlement ici. Après les arabes d'Égypte et du nord du Soudan et les noirs africains, les éthiopiens ont des trait assez proches des occidentaux avec une couleur parfois noir ébène. La profondeur de leurs yeux, mélange de traits de visage et de souffrance due à l'extrême pauvreté qui sévit dans ce pays, me fait un peu peur et je n'ose pas les regarder. Pas contre ils ne se privent de nous observer, surtout Mamiko car certains n'ont jamais vu d'asiatique. Il est difficile de communiquer car leur langue diffère de tout ce que nous connaissons, même l'écriture est différente... j'ai l'étrange sensation de ne pas être en Afrique. Curieux et fascinant pays que l'Éthiopie. Les enfants nous interpellent en nous criant 'you!', c'est amusant, et ils nous suivent partout. La nuit tombe... le village se transforme petit à petit, des lumières noires s'allument et des femmes racolent les clients dans l'obscurité. Les baraques en tôle du jour se transforment en bar où viennent s'abreuver les hommes et travaillent les femmes. La lumière électrique colorée et la musique transforment la réalité misérable pour une nuit, même si le spectre du sida rôde du fait de rapports non protégés.

Au petit matin, c'est le bus pour Gondard. toute la vie commence à six heures du matin, au point que l'heure éthiopienne est calée sur ce rythme de vie, puisque une heure c'est six heures du matin. Il faut donc à chaque fois traduire l'heure en ajoutant cinq heures à l'heure annoncée. Après six heures de route, nous arrivons à Gondar, ancienne capitale où se trouve l'ancien chateau du roi. Après le Soudan et le voyage jusqu'ici, la ville est assez agréable, même si il n'y pas grand chose à faire. Cependant la pauvreté est assez déprimante. Pour chaque institut, école, ou hôpital une pancarte fait mention du donateur étranger. Ce pays vit sous perfusion de l'aide humanitaire. Mamiko décide de partir avant moi vers Lalibella, et je reste une journée à déambuler dans la ville. Le nombre de personnes handicapées est important, celles-ci n'ayant pour seule ressource que de mendier. Un sac à patates sur la route, un chant s'en échappe, il s'agit d'un cul de jatte allongé sur la route. Qu'attend-il, qu'une voiture lui passe dessus? Peut être. La population habitué à la détresse ne s'émeut même pas. Au petit matin je reprends mon sac pour le bus vers Lalibella qui part à six heures. Sur le chemin, aux aurores, j'assiste au réveil des enfants qui dorment dans la rue, serrés les uns contre les autres pour se tenir chaud, c'est vraiment déprimant.

A mi-chemin, le bus s'arrête, il faut que j'attende un autre bus pour Lalibella. Six heures à attendre.... Soudain un pick-up passe devant moi. "Hey!" je crie, il s'arrête. "Pouvez vous m'amener à Lalibella?" Il s'agit de deux australiens qui voyagent avec leur automobile. Ils acceptent. Et me voici à l'arrière du pick-up à savourer la splendeur des montagne en plein air... en m'accrochant solidement pour ne pas être éjecté, tant la route est défoncée.

Arrivé à lalibela, je suis entouré par des enfants qui me proposent de me guider pour la visite des fameuses églises et monastères. Je m'extirpe de cette foule de gamins pour chercher une chambre. Je trouve un hotel où poser mon sac, la porte ne ferme pas a clef, il n'y a pas d'eau courante, mais une citerne permet de prendre une douche. Heureusement car le voyage m'a couvert de poussière, ainsi que mon sac à dos qui est maintenant marron. Le confort est très rudimentaire, mais cela me suffit. L'après midi, je vais voir les églises taillées dans le roc ou construite sous terre, le sommet orné d'une croix étant au niveau du sol. Ces constructions ont été faites pour cacher les lieux de culte aux envahisseurs musulmans. La légende dit que des anges sont venus réaliser ce travail qui semble par son ampleur surpasser les capacités humaines, surtout avec l'outillage de l'époque. Ici on nage en plein surnaturel mais l'utilisation commerciale qu'en font les habitants me ramène sur terre. Mais comment ne pas comprendre dans cette misère permanente que l'on n'utilise pas tout ce qui est possible pour survivre. L'Ethiopie dont la culture a influencé l'Afrique entière et qui a résisté aux envahisseurs par la pugnacité des habitants et grâce au relief montagneux peu propice aux invasions était un pays riche et prospère jusqu'à ce que les dirigeants partent avec les richesses en Europe et que les juifs appelés par Israël aillent peupler les colonies. Cela explique sans doute le niveau relativement élevé de l'éducation et la richesse culturelle de ce pays fascinant. Je reste un moment à me recueillir devant ces églises mais la pression des guides touristiques me pousse à quitter cet endroit pourri par le tourisme.

Le lendemain à six heures du matin, je prends donc le bus qui me mènera à Addis Abeba. Le bus démarre, puis s'arrête pour prendre un passager de dernière minute, c'est Mamiko qui part aussi vers la capitale éthiopienne. deux jours de trajet dans un inconfort extrème, il n'y de place que pour la moitié de mon postérieur dans ce bus qui roule à trente à l'heure. Le soir, arrêt dans une ville musulmanne. C'est fou comme les types humains sont variés dans ce pays. Pendant le voyage, la vie s'organise dans le bus et je peux apprécier l'extrème gentillesse des éthiopiens qui malgré leur dénuement gardent le sourire et s'entraident. On repart le lendemain à six heures pour Addis Abeba que l'on atteint dans l'après midi. Le moins que l'on puisse dire, c'est que cette ville ne ressemble pas à une capitale avec ces bâtiments fait de bric de broc. Seul le centre a l'air d'une ville avec ses quelques places et artères et bien sûr le quartier des ambassades. Les hotels ici sont plus chers mais aussi plus confortables. Nous trouvons un endroit assez central et après une douche et une petite sieste, je suis de nouveau opérationnel. Visite de la ville qui n'a vraiment rien d'extraordinaire. Le soir, nous sortons dans les bars. Ceux-ci sont peuplés d'une faune un peu inquiétante. La prostitution est présente partout et lorsque l'on sait que toutes les prostitués sont séropositives cela montre au voyageur le sentiment de détresse extrème qui règne dans ce pays. Cependant les filles sont sympa et intriguées de voir Mamiko dans cet endroit. Le fait d'être ensemble nous protège des avances et nous permet de discuter avec gens sans arrière pensée. Les doses de whisky sont généreuses, au fur et a mesure que la soirée s'avance l'ambiance s'électrise et l'on finit par oublier le désespoir de cette population. Mais dans la rue les enfants sont là pour nous rappeler la réalité, les touristes sont sans cesse harcelés et la vue de tous ces gens dormant dans la rue me déprime. Le lendemain, nous allons prendre un bain dans une source chaude qui a des propriétés thérapeutiques. Une heure dans cet établissement qui offre de grandes salles de bain ou l'on peut goûter au plaisir d'un bon bain chaud pour un prix modique. Le moral remonte. Une sortie de soir pour observer la grande résistance de Mamiko à l'alcool, je ne bois pas trop et je goute l'ambiance des bars.

 

Au retour, chacun rentre dans sa chambre, mais voici qu'un besoin pressant me prend. Muni de mon rouleau de papier, je ferme ma chambre à clef et vais dans les toilettes pour me libérer. Accroupi sur les toilettes à la turque, je tiens fermement mes affaires pour quelles ne touchent rien dans cet endroit peu ragoûtant. King, kling, klang , clop... Qu'est ce c'est?!!! J'ai compris, la clef de ma chambre est tombée dans le trou des toilettes!!! Catastrophe! Je regarde, la clef n'est plus visble, elle est tombée au milieu de mes excréments. Un moment j'envisage de plonger mon bras pour récupérer la clef mais j'espère trouver une autre solution. Je sors, un client du bar veut entrer pour se soulager... je lui interdis l'accès en lui signifiant par geste la raison de ce refus. Il ne me reste plus qu'à aller au bar de l'hotel pour demander un double de la clef. Quelqu'un parle anglais, je lui explique donc avec gène ma situation, il traduit à ses collègues qui s'esclaffent. C'est vrai qu'avec mon petit rouleau de papier, j'avais l'air d'un con ma mère... Après les fou rires, on m'explique qu'il n'y a pas de double à la clef et qu'il faut trouver une solution pour la récupérer où elle se trouve. Ils sont maintenant cinq autour des toilettes à envisager en riant les possiblités de 'sauvetage'. A la fin, un des barmen accepte de mettre sa main dans un sac plastique et la plonge dans le trou. Suspense, tout le monde retient son souffle... Enfin il ressort la clef, victoire!!! Un remerciement chaleureux et un généreux pourboire, je suis sauvé, enfin presque, car il n'y a pas d'eau la nuit et il faut aller checher une carafe pour nettoyer la clef. Mes amis poussent même la délicatesse jusqu'à verser un peu de jus de citron pour désinfecter. Après coup je me félicite de ne pas avoir cédé à mon impulsion première, n'osant imaginer la scène, réclamant de l'aide le bras couvert de m... pour trouver de l'eau. Tout est bien qui finit bien, je regarde le ciel... merci, je vais bien dormir cette nuit. Le lendemain matin Mamiko a quelques difficultés à interprêter les éclats de rire et les sourires entendus qui accompagnent mon passage. Elle veut aller vers le sud de l'Ethiopie, et j'ai envie de quitter cette ville qui me déprime. Je décide donc d'un coup de tête de prendre un billet d'avion pour Nairobi au Kenya, prochaine étape de mon voyage. L'agence de l'Ethiopian Airlines est à côté de l'hôtel. ll y a un avion pour demain, je commence donc les formalités pour obtenir un billet. Celui-ci coûte deux cents cinquante dollars en aller simple, mais au dernier moment l'employé me dit qu'ils ne peuvent me vendre qu'un billet aller-retour qui coûte quatre cents dollars, mais que le retour me sera remboursé ultérieurement. Je rechigne, mais décidé à partir le plus vite possible, je m'exécute la mort dans l'âme car je n'avais pas prévu une telle dépense. L'après midi, Mamiko va voir une autre agence acheter son billet pour après son retour du sud de l'Ethiopie. Elle trouve un aller simple pour Nairobi à deux cents dollars. Décidément ce n'est pas mon jour, je suis fâché de m'être fait avoir si facilement mais c'est la vie. Il ne reste plus qu'à aller boire une verre sur une terrasse surplombant la ville et contempler l'étendue de ma connerie.

Le lendemain, c'est le départ, Mamiko en bus et moi en avion. Nous échangeons nos adresses email, à bientôt peut-être. Je vais à l'aéroport, les autorités refusent de tamponner mon passeport breton, c'est donc le troisième pays après les Etats Unis et la Chine populaire qui refusent le petit souvenir qui me fait tant plaisir. Deux heures d'avion et c'est Nairobi, capitale du Kenya. Dès l'arrivée à l'aéroport, je me rends compte que j'ai changé de civilisation. Ici, c'est vraiment l'afrique noire, cependant la culture est très britanique par l'emprise de la Grande Bretagne sur ce pays. La Barclays bank est ici pour prouver que les Anglais sont présent et dirigent le pays, même si la décolonisation officielle a mis au pouvoir des africains. Les cinquante dollars de visa témoignent de l'importance du tourisme ici. La réputation de cette ville est assez inquiétante. Je cherche un taxi et marchande la course vers le centre ville. J'annonce un hotel cité dans mon guide au chauffeur, celui-ci me répond que cet endroit est très dangereux, même pour lui. Je l'écoute sans trop y croire, mais il commence à me raconter comment les voyous étranglent les touristes imprudents tout en leur vidant les poches. Il me montre l'endroit où un américain à subit cette agression, il ne pouvait plus parler pendant trois jours. Je commence à prêter attention à ce que raconte le chauffeur qui me propose un endroit plus sûr en haut d'un immeuble. C'est un l'hotel pour backpacker qu'il me propose. C'est sympa, de là on domine toute la ville et l'on peux voir l'endroit où je voulais aller, il avait raison. Je décide de rester ici. Un lit dans un dortoir pour huit, les clients sont des occidentaux et la terrasse qui surplombe la ville est entourée de fils de fer barbelés. On me dit qu'il ne faut pas aller de l'autre côté de la rue, car c'est dangereux. J'écoute les conseils et décide de faire le tour du pâté de maison pour me dégourdir les jambes. Nairobi est une ville moderne mais peuplée d'une faune dangereuse, surtout pour les occidentaux. Les touristes sont sans cesse harcelés dans la rue par des guides agressifs, souvent faux qui proposent des safari. Un bar, je rentre pour boire une bière et goûter l'ambiance. La télévision diffuse un match de boxe où l'on voit deux noirs se taper sur la gueule. Après la déprime face à la misère éthiopienne et l'agressivité de la rue ici, j'ai envie de pleurer. Je finis mon verre et rentre à l'hotel. Je discute un peu avec un couple d'Australiens qui voyagent comme moi, une canadienne se joint à nous, elle nous fait fumer un truc qui fait rire bêtement, merci, j'en avais besoin... Dans la conversation, je raconte comment j'ai rendu fou un Australien par mes ronflements nocturnes dans un dortoir à Flagstaff aux USA, une allemande qui doit dormir dans la même pièce ce soir demande poliment à changer de dortoir. Ce soir je serai seul à dormir dans mon dortoir, voici un moyen simple et efficace d'avoir ses aises dans une chambre 'commune'... Le garde de l'hotel est un superbe guerrier massaï dans ses vêtement traditionnels, il accepte de poser pour une photo. Face au bâtiment de l'hôtel, il y a une place inondée par les matatu, minibus colorés remplis de voyageurs qui s'entassent dans des lumières clignotantes et une musique à pleine puissance. Ces matatu sont déconseillés aux étrangers, par le risque d'agression pour les passagers isolés mais aussi le fort taux d'accident lié à la fatigue des conducteurs qui restent parfois quarante huit heures sans dormir. Le raccolage pour touver des clients est permanent, et les klaxons résonnent dans la nuit. Comme ils ont tous le même klaxon, les trois notes que se renvoient les matatus font comme une musique dans la nuit, et je pense aux sirènes d'Alexandrie que je n'ai pas entendues. On pourrait reconnaitre Nairobi les yeux fermé, rien qu'avec ses sirènes...

Le couple d'australiens se prépare pour le retour après deux mois de voyage dans le région des grands lacs, leur avion est pour ce soir à minuit. On se dit au revoir, a bientôt peut être... Au petit matin, je me retrouve face à eux dans le couloir, que s'est-il passé? Ils m'expliquent que leur avion était à 0 heures, c'est à dire minuit du jour précédent, ils sont donc arrivés avec vingt quatre heures de retard. A l'aéroport ils ont cherché un autre avion, mais le prix était prohibitif et ils sont bloqués ici sans savoir comment rentrer chez eux... la femme doit reprendre son travail après demain... quelle galère! Quelle idée aussi d'avoir un départ à 0 heures, cela prête à confusion.

Quelques jours dans cette ville où je m'aventure peu à peu? Dans la rue, un soudanais m'aborde, me disant qu'il souhaite aller étudier en France, puis il me demande de l'argent pour survivre. Je lui donne un peu de monaie et m'éclipse. Quelques mètres plus loin, un homme m'aborde en me montrant une carte de police. "Que vous a demandé cet homme? Savez-vous qu'il est interdit de les aider? Ce sont délinquants!" Je ne sais pas si c'est un vrai policier et je me demande s'il va lui aussi me demander de l'argent ou bien m'amener au poste... "C'est bon, je ne parlerai plus à personne! " et je m'en vais. Je retrouve les australiens sur mon chemin et les accompagne un moment. Ils connaissent Naïrobi et nous nous enfonçons un peu dans la zone déconseillée aux étrangers. "Attention à vos poches!" prévient la femme en voyant arriver une meute d'enfant qui nous encerclent. Il faut avoir de bons réflexes pour protéger ses affaires dans ce pays. Le soir les discothèques sont remplies et l'ambiance très festive et dansante, un bon moment à condition de prendre un taxi pour rentrer à son hotel...

Puis c'est le départ en bus pour la Tanzanie. Je décide de descendre directement à Moshi, près du Kilimanjaro, un des buts de mon voyage. Après une journée de trajet, je me retrouve dans un hôtel d'où l'on peut observer ce fameux volcan, surnommé le toit de l'Afrique. En cette période de l'année, il est entouré par un épais nuage qui le cache presque totalement. Qu'importe, je ressens sa présence, et j'apprécie l'ambiance agréable de cette ville. Je me perds dans les marchés et découvre la cohabitation de musulmans, chrétiens, hindous et sikhs qui ne semble pas poser de problèmes même si les différents groupes se mélangent peu. Les gens ici sont calmes et assez amicaux, peut être parce que l'influence britannique est moins importante dans ce pays, et laisse place à la culture traditionnelle. Une promenade sur les pentes du volcan, un jeune m'accompagne en me complimentant sur mon rythme de marche. Nous discutons ensemble et nous lions d'amitié, c'est un rasta, il ne jure que par Bob Marley et me fait fumer de l'herbe du Kilimanjaro, je suis enchanté. Une tournée des bars à discuter avec les autochtones, j'apprends qu'on appelle les blancs des 'mzungu', ce qui signifie l'écume blanche sur l'eau de mer. Il me vient à l'esprit le terme de Laowei que les chinois emploient à notre égard, et je me dis que je vais subir les mêmes sarcasmes et brimades que dans l'empire du milieu, où à chaque fois qu'on entre dans un lieu public quelqu'un lance ce qualificatif avec l'ambigüité si familière aux asiatique. Mais non, on m'affirme que les africains ne regardent pas la couleur mais la personne. Cela ma réjouit. Il est vrai que les africains sont moins rancuniers que les asiatiques en général.

Une connexion Internet pour voir l'état de mes finances, ma paie n'a pas été virée sur mon compte, je vais être à découvert, un message à mon directeur, la comptable m'a oublié. Heureusement les choses s'arrangent et je peux continuer ma route. Demain le minibus pour Arusha, près de mont Meru.

La ville d'Arusha est animée et assez cosmopolite. C'est ici que se trouve le tribunal qui doit juger les crimes commis pendant la guerre au Rwanda. Les visiteurs sont admis dans une piece voisine où les débats sont retransmis sur des écrans de télévision et des casques permettent de suivre les débats traduits en plusieurs langues. Un grande baie vitrée permet de voir la salle d'audience. Les juges et avocats venus de différents pays discutent des détails pour juger les écrits d'un journaliste accusé d'avoir suscité la haine entre les groupes ethniques rwandais. Les discussions portent sur le sens des mots qui traduits dans les autres langues perdent leur valeur. Le débat en français, rwandais et anglais ne présente aucun intérêt et semble n'être qu'un moyen d'attendre que le temps passe et fasse oublier les responsabilités de la France notamment, qui serait en grande partie responsable de la mort d'un million de personnes après l'expolosion de haine suscité par les rebelles entrainés par les militaires français. La bibliothèque renferme de nombreux documents sur cette période et on me laisse photocopier des rapports mettant directement en cause l'armée française. Je suis un peu écoeuré par cette mascarade qui est peut-être à l'image du tribunal de la Haye et préfigure sans doute les tribunaux pour crimes contre l'humanité que les pays de droits de l'homme veulent mettre en place afin de camoufler les influences néfastes des pays étrangers dans les guerres civiles plus ou moins orchestrées. Je me dis qu'après les joutes oratoires entre les différentes parties, tout ce petit monde doit se retrouver et bien rigoler ensemble dans les quartiers réservés aux membres du tribunal. Les couloirs du bâtiment résonnent des martellement de talons des jeunes femmes qui se dandinent dans l'ambiance feutrée de la diplomatie internationale. Les discussions multilingues sont là pour cacher l'inaction, dans une administration qui ne produit rien.

Je sors pour aller manger quelque chose, et j'entre dans un resto pour africain, tout le monde me regarde, c'est vrai qu'ils ne doivent pas être habitués à la visite de blancs ici, les gens des nations unies fréquentant les lieux réservés à leur standard de vie, mais je suis ici pour rencontrer les africains, pas pour jouer les touristes. Il y a du poulet frites ou du poisson, pour changer je choisis le poisson. On m'apporte une assiette de riz et trois queues de poisson. Mais il n'y a rien à manger de dessus, c'est tout dur. Je mange deux cuillérée de riz et finis ma bière. Je repense à ma déconvenue au Mexique où un restaurateur m'avait servi une soupe infâme avec une tête de poisson pour tout repas, c'est vrai que dans cette région les touristes américains trop nombreux induisaient une réaction de rejet de la part de la population locale. Les noirs me regardent en rigolant, je ne dis mot et j'assume la situation. Après tout, ils n'ont peut être pas envie que des mzungu viennent les déranger ici... Le garçon vient déservir, je paye et m'apprête à partir. Un des africains accompagné de sa femme et sa fille s'approche de moi et me dit que je n'ai pas compris comment manger ce plat, la queue de poisson est frite et il faut croquer dedans. Il m'invite à partager le repas avec sa famille. Je suis touché au coeur, décidément, quelle gentillesse mais aussi quelle calamité que l'ignorance... En sortant du restaurant, ils me proposent même de me raccompagner en voiture.

Ce matin à mon hotel, avant de partir, un 'guide' m'a proposé une ballade sur les pentes du mont Meru à la découverte des Massaï. Il doit partir demain avec quatre hollandais et m'a proposé de les accompagner. Après marchandage, je lui ai payé d'avance les quinze euro du 'tour'. De retour à mon hotel, je le vois dans un état avancé d'ébriété. Il boit de la bière avec des copains et lorsque j'annonce que je pars en promenade avec lui, ses potes rigolent. J'ai comme l'impression de m'être fait arnaqué... il est entrain de boire mon fric, ce salopard! Le lendeman matin, je l'attends à la réception comme convenu. Il arrive avec une demi heure de retard, la gueule dans le paté, et m'annonce que les hollandais ne viendront pas, je suis tout seul. "Rends moi mon argent, je ne pars pas avec toi!" Peine perdue, comment pourrait-il me rendre mon fric puisqu'il l'a bu hier soir. Je me résigne donc à partir avec lui dans une ambiance électrique. Nous montons les pentes de la montagne, je dois admettre que malgré mon rythme de marche, j'ai du mal à le suivre. Nous allons voir une famille massaï qui nous accueille gentiment. Nous mangeons avec eux et l'ambiance se détend un peu, sutout lorsque je me rends compte qu'il porte un bonnet multicolore. Tu es rasta? je lui demande. Oui me fait-il. Cela va sans doute s'arranger. En effet, après un calumet de la paix nous devenons amis. Le soir je vais faire un tour près de l'hotel, il y a un lieu bizarre où résonne de la musique. Des hommes boivent un breuvage fait de fruits fermentés au soleil pendant trois semaines dans des pots en plastique. A voir la tête des clients de l'endroit, je préfère m'abstenir, un américain a qui je parle de ce breuvage me dit qu'il a essayé un fois, et qu'il vaut mieux éviter...

Outre la communaté internationnale qui dépend du tribunal, il y a un fort mélange ethnique dans la ville d'Arusha, très agréable avec sa gare routière animée et son marché coloré. Une grande ferveur religieuse semble animer les Tanzaniens. A chaque coin de rue, on peut acheter des cassettes de chants religieux interprêtés par des chorales. Mais les églises sont multiples dans ce pays et les mauvaises langues affirment qu'elles sont toutes contrôlées par la CIA.

Il est temps que je reprenne ma route pour aller voir la source du Nil qui se trouve à Jinja en Ouganda. Un bus part demain après midi pour Kampala via Nairobi. Un au revoir à mon pote rasta et c'est le bus direction Nairobi. Nous arrivons dans la soirée, je repense à mon séjour dans cette ville, mais je ne descend pas du bus dans ce quartier plutôt glauque. Des enfant viennent mendier de l'argent aux passagers en sniffant de la colle. Décidément, ça craint vraiment ici et ce spectacle me désole. Départ pour l'Ouganda dans la nuit, nous devons attendre à la frontière que celle-ci ouvre et après les formalités d'usage nous retrouvons de l'autre côté. Plus loin un barrage de police pour contrôler que le bus ne contient pas d'armes, les singes sur la route nous observent et attendent que les passagers leur lancent de la nourriture. Je somnole un moment pendant le trajet, et je me rends compte que l'on a passé Jinja, nous arrivons à Kampala, la capitale. De toutes façons m'explique-t-on, le bus était plombé pour passer les frontières et il me faut attendre un autre bus pour retourner à Jinja. Celui-ci part trois heures après, il est bondé, et je passe le trajet debout dans l'allée, sans cesse dérangé par le vendeur de médicaments et autres produits miracles qui fait son commerce pendant le trajet. J'arrive enfin au carrefour à l'entrée de la ville. Je demande au chauffeur comment aller au centre ville, il me dit de prendre un boda-boda, traduction de border-border (frontière-frontière). Ce sont de simples vélos agrémentés d'un coussin sur le porte bagages qui transportent des passagers. Cette pratique qui a commencé pour transporter passagers et marchandise d'un côté de la frontière à l'autre s'est généralisée et constitue un moyen de transport peu cher. Et me voici, dévalant la pente vers le centre ville avec mes bagages, derrière un adolescent. Pas très rassuré le petit Bernard, car en cas de chute, on risque de se faire mal à cette vitesse avec l'instabilité du véhicule déséquilibré par le poids des bagages. Nous arrivons sains et sauf près d'un hotel miteux où je décide de loger. Un Australien m'avait parlé d'un endroit près du Nil qui faisait camping et bingaloo tenu par un de ses compatriotes. Le lendemain, je décide donc de visiter ce lieu dont on m'avait dit tant de bien. Un taxi-mobylette pour parcourir les quinze kilomètres et je me retrouve dans une ambiance touristique occidentale, mais assez sympa, surtout que le paysage est splendide, peuplé par une multitude d'oiseaux qui forment d'épais nuages se déplaçant à grande vitesse au dessus de rapides qui constituent le Nil peu après sa source. N'ayant rien à faire et trouvant l'endroit fort sympatique, je commence à boire de la bière. Le patron est très sympa et intéressé par mon voyage, il m'offre un verre... C'est un expert dans l'histoire des explorateurs anglais en Afrique et il me raconte les voyages de Livingstone et Stanley ainsi que les recherches faites à cette époque pour trouver la source du Nil. La journée s'avance à mesure que les bouteilles se vident, je négocie de rester dormir sur une banquette du bar. Une sortie pour aller mettre les pieds dans le fleuve, des pêcheurs me font fumer de l'herbe locale. Dans la soirée, je dois m'éclipser pour aller récupérer dehors, allongé sur une table... serait-ce La biture du voyage? Peut-être, car je suis vraiment atteint, mais quelle journée sympa. Le lendemain, je reprends un taxi-mobylette pour rentrer à mon hotel et récupérer. Je me souviens que le patron du backpacker m'a mis en garde sur le danger du soleil lorsqu'on prend un traitement antipalludéen comme le mien, sa mère était venue le voir, et après quinze jours de ce traitement sans protection solaire, elle s'était retouvée à l'hôpital pendant six mois... Je vais donc acheter un chapeau au marché. J'ai l'air con avec ça sur la tête mais qu'importe. C'est bizarre, quelqu'un a écrit son nom à l'intérieur du chapeau... je ne suis peut-être pas le premier propriétaire...

Il faut quand même que j'aille voir la source du Nil qui se trouve à quelques kilomètres de là. Un boda-boda, et me voici à l'endroit dont je rêvais au Caire. Que de chemin parcouru depuis, et je repense au fleuve serpentant dans le désert et traversant Le Caire. Je regarde l'eau en me demandant les chances pour chaque goutte d'atteindre la méditerrannée, et combien de temps dure le voyage. La source vient en fait du lac Victoria qui se déverse en partie à cet endroit. Prudemment, je mets les pieds dans l'eau. C'est qu'on m'a prévenu de ne pas marcher pieds nus car des bêtes viennent percer la peau des promeneurs imprudents pour pondre des oeufs qui éclosent quelques semaines plus tard sous la peau, beurk. Il faut aussi faire attention à la bilharzia, une bactérie qui envahit doucement le corps, les dégâts apparaissant lorsque les organes internes sont touchés. De toute façon, le traitement est simple et je compte le prendre dès mon retour. Je goûte donc ce moment rare, près d'un monument dédié à Ghandi, dont les cendres après sa mort ont été dispersées moitié dans le Gange et moitié dans le Nil. De retour à l'hotel, je cherche un cordonnier pour réparer mon sac à dos dont les sangles sont prêtes à lâcher. Ca y est, le voila remis à neuf pour une somme modique, je peux reprendre ma route.

Un bus pour Kampala, et après un tour dans cette ville moderne qui brasse plusieurs ethnies et religions, je partage l'oisiveté des ougandais dans les bars. Je fais le tour des boutiques à la recherche de musique locale. Le climat est assez changeant, passant du beau temps à une pluie dilluvienne, et je me dis que pendant la saison des pluies, ce n'est pas du crachin breton qui doit tomber du ciel... C'est vrai qu'on est très près de l'équateur que j'espère voir sur le chemin de ma prochaine étape. Je cherche le traitement pour la biharzia, c'est drôle, toutes les pharmacies sont tenues par des hindous qui sont très présents ici, et leurs temples sont nombreux. Lors de la guerre, les hindous et autre étrangers sont partis, laissant le pays dans une grande détresse économique et sanitaire. Mais maintenant, les choses semblent s'arranger, même si beaucoup de problèmes ne sont pas réglés, notamment près de la frontière rwandaise et congolaise où il est fortement conseillé de ne pas s'aventurer. Il est intéressant de comparer le Kenya, la Tanzanie et l'Ouganda, issus de la même culture, et de voir la relation directe que l'on peut observer entre l'emprise d'une culture étrangère et la violence de la société en réaction. Le Kenya est le plus dangereux suivi de l'Ouganda, la Tanzanie étant le pays le plus calme. Cet ordre est le même que l'importance de l'influence britannique sur le mode de vie des habitants. Mais après tout, je n'ai rien découvert de nouveau, l'alcoolisme breton n'est-il pas né au début du siècle alors que Jules Ferry et Paris instituait la culture française en Bretagne, forçant les Bretons à renier leur langue et leur culture? Cette même dynamique a moins bien marché au Viet Nam qui a réussi à foutre les Français dehors avec l'aide des Chinois. Mais l'Afrique francophone n'a pas eu la chance d'avoir des voisins assez puissants pour leur éviter de chanter "nos ancêtres les gaulois" dans les écoles, et la domination de la France dans cette région continue à se faire à force de coups politiques et de massacres de civils en attendant que l'influence américaine prévale aussi dans cette partie du monde... Mais il faut reconnaitre que les blancs n'ont pas le monopole de la violence qui lorsqu'elle explose dans cette région fait des ravages à coup de machettes.

La suite de mon itinéraire n'est pas très claire encore car je pense peut être aller voir mon copain rwandais avec qui j'ai étudié et que j'aimerais revoir. Il est ministre maintenant et j'essaie d'entrer en contact avec lui par l'intermédiaire de son ambassade à Kampala. Pas de réponse, peut être est-il trop occupé, ou bien mon message s'est perdu dans l'administration ou encore peut-être que les français sont mal venus après les événements douloureux encore récents dans ce pays. En sortant de l'ambassade, ces mots résonnent dans ma tête...

Au peuple Rwandais

Je ne suis qu'un voyageur qui traverse votre continent avec son sac à dos. Sur ma route j'ai appris que des hommes de ma race avaient provoqué le malheur dans votre pays. Ces actes ont été perpétré en mon nom par le système démocratique de ma patrie, et en tant qu'homme libre, je vous demande pardon.

Prochaine étape, Masaka. je négocie avec le chauffeur du bus de pouvoir m'arrêter à l'endroit où passe l'équateur. Pas de problème, me dit-il, et il va voir son collègue du bus suivant pour qu'il me prenne à cet endroit. Nous partons et après une heure de route, on me laisse près d'une ligne jaune qui traverse la route, c'est l'équateur. Tout énervé de retrouver cette ligne que j'avais déjà croisé près de Quito à la mitad del mundo lors de mon tour du monde, je descends du bus... catastrophe!!! Je pète une tongue, me voici avec mon sac, boitant pour contrôler ma chaussure droite dont l'attache arrière droite s'est cassée. Elles ont quand même duré depuis la frontière Ethiopienne où je les avais achetées. Un jeune homme me propose d'aller en acheter une paire neuve à cent mètres de là dans une échope. Je préfère y aller moi même. Je laisse mon sac à un commerçant du coin et je me rend en titubant au magasin. Je dois avoir l'air fin à onduler comme ça sur la route. J'arrive enfin et j'achète une superbe paire de tongues bleues, que je paye la moitié du prix annoncé par le gars qui voulait me rendre service... J'espère qu'elles verront le Cap de Bonne Espérance, mes tongues de l'équateur. Mais ne perdons pas de temps, vite les photos de l'équateur! Ce lieu est régulièrement visité par des touristes de tout poil. Voici une famille chinoise qui arrive en Mercedes, puis, c'est un groupe d'ougandais auquel je me mêle pour la photo souvenir. Une heure après, je suis sur le bas côté de la route, un bus arrive et s'arrête devant moi, c'est le collègue qui m'embarque. Merci, comme c'est sympa l'entraide et la solidarité...

Arrivée à Masaka dans l'après midi, je trouve une chambre et je me promène dans la ville. Le soir, un Gallois qui a refait sa vie ici m'offre un verre, il est entrepreneur et on se raconte devant quelques bières. Il me parle des carences techniques des ouvriers du bâtiment ici et de la façon dont il a dû s'imposer, parfois a coups de poing. Il a vécu l'époque de la guerre alors qu'il vivait à Kampala et me décrit sans far la violence des machètes lorsqu'elles sont utilisées contre les hommes.

Le lendemain, départ pour Bukoba en Tanzanie, un taxi collectif à la station service, on me place à l'avant de la voiture, faveur réservée aux étrangers, c'est vrai qu'il n'y a pas beaucoup de touristes ici, et les gens ont de la sympathie pour les voyageurs qui partagent la précarité de leur confort. Une demi-heure d'attente, le taxi se remplit, nous sommes quatre à l'avant et à l'arrière, ils sont huit passagers répartis en deux couches, la deuxième étant assise sur les genoux de la première. Les bagages débordent de partout, surtout qu'en plus le chauffeur distribue des paquets de journaux sur les point de ventes qui se trouvent sur le trajet. Cette promiscuité se passe dans la bonne humeur, le chauffeur a du mal à passer les vitesses et à chaque fois son voisin doit se déplacer pour permettre la manoeuvre. Enfin la frontière, une simple barrière sur une piste, les formalités se passent bien avec le petit coup de tampon qui me fait plaisir sur mon passeport vert... Merci l'Ouganda, merci les africains, quelle leçon de courage et de savoir vivre vous me donnez!

Mais maintenant il s'agit de traverser le no man's land avec mes bagages. Et revoici la Tanzanie, j'ai un peu l'impression de retrouver ma patrie dans ce pays où j'ai déjà des souvenirs. Un minibus bondé s'apprête à partir, je me glisse à l'intérieur en me faisant le plus petit possible. Les noir sont gênés de faire voyager un mzungu dans des conditions aussi difficiles, mais un éclat de rire de ma part, et je fais partie du groupe. Cela me rappelle les bars d'africains à Arusha ou Kampala, où je n'osais entrer, intimidé par les regards que me portaient les consommateurs. Mais une fois à l'intérieur, j'ai rencontré des gens fort sympathiques. Peut être est-ce cela la réponse à toutes nos craintes et angoisses, il suffit d'oser, à condition bien sûr de savoir évaluer les situations, et cela s'apprend avec l'expérience. Mais il faut bien commencer, et sans expérience, on risque des déboires, mais si on ne fait pas le premier pas, comment acquérir l'expérience? Confucius disait: si l'on veut parcourir mille li, il faut commencer par un premier pas. En France on dit qu'il n'y a que le premier pas qui coûte. Je n'ai donc rien inventé. Tant pis, de toute façon le bus arrive à la gare routière de Bukoba et il faut que je me concentre sur l'effort à fournir pour touver rapidement une chambre et sourtout trouver une banque, car je n'ai pas d'argent et je dois changer des traveller chèques. On est vendredi, et si je ne règle pas ce problème, je suis dans la m... Deux kilomètres à chercher une chambre adaptée à mon budget, je pose mes affaires, vite il est midi et les banques vont fermer. J'en vois une vers laquelle je me précipite, trop tard, elle est déjà fermée. Une autre en face fermée aussi, un garde me fait signe de passer dans la cour. Je frappe à la porte, le gardien ne veut rien savoir, j'insiste en lui expiquant que je n'ai plus d'argent, et que c'est le weekend. Il se rend à mes arguments et accepte de m'ouvrir la porte, un grand merci, je suis sauvé. C'est vrai, je n'ai même pas encore payé la chambre, et puis il fait soif après tous ces efforts sous un ciel de plomb, j'aimerai retrouver la fraicheur d'une bonne bière. Un bar resto, "safari baridi sana" (une safari très fraiche) demandé-je en swahili. Comme je suis content de retrouver cette langue, je ne connais que quelque phrases mais suffisamment pour saluer et faire rire les gens. Le swahili qui est parlé dans une grande partie de l'Afrique est propice aux contacts humains, car la politesse qui l'accompagne fait que l'étranger doit très vite apprendre les réponses aux salutaions, les gens au début donne les questions et réponses, puis peu à peu ils attendent les réponses à leurs questions, l'"apprenant" se sent alors obligé de mémoriser les quelque formules de politesse de cette langue. mambo ? poa (salut, ça va ? cool!), abari? mzuri (comment ça va? bien). C'est vrai que l'essentiel à apprendre dans une langue se résume à trois mot: bonjour, merci et merde.

Qu'est-ce que j'ai à débloquer comme ça depuis ce matin? Ce doit être l'excitation de retrouver la Tanzanie, ou alors peut être que j'ai faim, tiens voici un petit resto où je vais pouvoir m'envoyer un demi poulet frites qui constitue avec les pop corn l'essentiel de ma nourriture.

Après ce délicieux repas, il ne me reste plus qu'à prendre un taxi mobylette pour aller voir le lac Victoria et surtout le terminal maritime d'où je dois prendre le bateau pour Mwanza. Le bateau part dans deux jours. Un bain de pieds dans le lac pour le Breton toujours prêt à tremper ses pieds dans la moindre mare. Comme je suis content de voir ce lac immense qui s'étend à perte de vue, je dirige mon regard dans la direction de Jinja et le Nil que j'imagine au loin à plus de trois cents kilomètres. Une bière fraîche assis à une table sur la plage, je regarde les enfants se baigner nus dans le lac et les femmes laver le linge. Retour à pied vers le centre ville. Je passe près d'une église devant laquelle est assise à l'ombre une centaine de personnes, une chorale interprête des chants religieux, comme c'est harmonieux. Un prêtre s'approche de moi et m'invite à m'asseoir, je reste quelques temps à discuter avec lui, puis je rentre à ma chambre car la nuit va bientôt tomber. Mais qu'est ce que j'entends? Derrière une enceinte qui doit être le stade de football, de la musique... il doit y avoir une fête ici. J'essaie de m'approcher à travers champs, mais ce sont des marécages et au bout d'un moment je me retrouve comme un c.. avec ma lampe de poche... comment sortir de là? Des enfants me montrent la direction pour retrouver le bitume, et les pieds couverts de boue, je m'avance vers l'entrée. Un garde me demande mon ticket, je n'en ai pas il va en chercher un pour moi, je paye et je rentre. Vite, un peu d'eau pour me laver les pieds... C'est la fête des paysans du coin, il y a à manger, à boire et des groupes musicaux tout autour du stade. Les gens mangent, boivent et dansent. Quelques groupes de rap swahili se démènent, accompagnés par les jeunes qui s'essaient à ce nouveau rythme. Pal mal pour un début... Tout le monde se bouscule et se serre pour laisser les voitures passer près des stands dans un chaos indescriptible mais fort sympatique. Je suis un des seuls blancs et les noirs me regardent, mais dès le premier contact, ils discutent facilement et ont le rire facile. Je me rends compte que l'attitude première des Africains n'est pas de l'animosité, mais plutôt de la réserve en attendant de voir la personne qui se cache derrière la blancheur du mzungu. Minuit déjà, il est temps de rentrer. Je sors de l'enceinte et me laisse guider par les faisceaux de lumière des lampes torches.

Le lendemain, un petit tour dans cette ville très animée, une agence organise des ballades en bateau sur le lac vers l'île de pêcheurs qui fait face au terminal maritime. Le prix est raisonnable, je me décide et me retrouve près du lac à attendre le bateau. Deux autrichiens font la ballade avec moi, il prennent aussi le bateau pour Mwanza demain. On nous met des gilets de sauvetage et c'est le départ vers l'île voisine. Seuls les clients portent un gilet et nous avons l'air de couillons de touristes dans cet accoutrement, mais qu'importe, mes copains ne me voient pas... La vie des pêcheurs est on ne peut plus rustique dans leurs huttes faites de branchage et de tôle ondulée, sans eau courante ni électricité. De nombreux oiseaux peuplent cet endroit. Une heure à goûter la tranquilité de ce lieu et c'est le retour vers le rivage.

Le soir je retourne à la fête, mais cette fois-ci je connais le chemin, et je vais acheter le billet d'entrée, c'est bizarre il coûte moitié moins cher que celui que m'a vendu le gars hier... décidément on n'est jamais si bien servi que par soi même. Je reste une partie de la soirée à boire de la bière et écouter la musique en observant la fête. J'ai réussi à trouver un siège je m'y accroche fermement car dans cette cohue, ce genre d'obet est très recherché. Une nouvelle nuit à l'hotel, demain c'est départ en bateau pour Mwanza, un des objectifs de ce voyage, naviger sur le lac Victoria en attendant le mythique lac Tanganika que j'espère descendre jusqu'en Zambie.

Préparatifs pour la croisière, je fais mes bagages et j'achète un peu de nourriture. Un taxi mobylette derrière lequel je m'asseois avec mes bagages, "pas trop vite s'il te plait!", ça tangue sur la route mais j'arrive à bon port sans encombre. Quelques heures à attendre, le MV Victoria part à vingt deux heures. Je m'assieds pour observer le chargement de palettes de sacs de grain, de bananes, et de poisson séché, soudain un hameçon se prend dans une sangle de mon sac à dos. C'est un des gamins qui pêche près du bateau et sans s'occuper des gens il lance sa gaule au risque de blesser quelqu'un. Je lui dis de faire attention, mais il continue, je quitte l'endroit, les plus gêné s'en vont, je ne tiens pas à me faire balafrer. J'attends donc le départ en mangeant un morceau dans le resto improvisé où attend la foule bigarée des passagers. Les Autrichiens arrivent, nous discutons ensemble, il arrivent aussi d'Ouganda et iront à Dar el Salam après Mawanza. Enfin le moment très attendu arrive, nous embarquons. Les dix heures de voyage se font sans encombre dans la nuit étoilée. Parfois les lumières de barques de pêche apparaissent au loin. Les couchettes sont rustiques dans les cabines ou sont entassées six personnes mais le mouvement du navire et les bruit du moteur me bercent. Comme j'aime les voyages en bateau de nuit, ça me rend rêveur.

Au petit matin, arrivée à Mwanza. Les aurichiens ont le même guide de voyage, nous allons donc dans la même direction. Un hotel restaurant rustique mais suffisant, nous visitons la ville tous les trois et j'essaie de remettre en pratique mon allemand que je n'ai pas eu l'occasion de parler depuis longtemps, mais qu'à cela ne tienne, en cas de blocage, il y a l'anglais pour nous dépanner. Ce qui compte, ce n'est pas la qualité de la langue mais ce qu'on veut exprimer, et cela marche très bien comme ça. Mwanza est une assez grande ville mais il n'y a pas grand chose à faire. Nous allons visiter un musée ethnique à une vingtaine de kilomètres de là. C'est pour nous l'occasion d'essayer les taxis locaux, 4x4 délabrés dans lesquels s'entassent les passagers, certains devant voyager debout sur le rebord du véhicule, accrochés au toit, le tout dans une ambiance fort sympathique.

Après la visite de ce village traditionnel reconstitué, un des responsables du centre nous ramène en ville. Je passe quelques jours dans cette ville entre l'hôtel et les promenades près du lac Victoria bordé par d'immenses pierres polies qui participent au paysage grandiose, animé par les bateaux qui font la navette entre différents points de la côte. Près de l'hôtel, des commerces indiens ou je retrouve la cuisine épicée et la musique envoûtante du sous continent asiatique. Je salue les hindou par un 'namaste !' qui me rapproche de mon précédent séjour en Inde. Ici, les indiens sont riches car ils ont le contrôle du commerce local. L'hôtel voisin héberge une discothèque au premier étage. Je vais voir, le portier tique un peu sur mes tongues, mais comme je n'ai que ces chaussures à me mettre, il accepte après deux ou trois blagues de me laisser entrer. La boite est encore vide à cette heure, seul un marin en bordée et deux filles peuplent la salle et dansent sur du reggae. Il me présente l'amie de sa copine. Elle est en sueur dans l'atmosphère enfumée et étouffante de la salle hermétiquement close pour limiter les nuisances sonores de la sono poussée à fond, et se gratte régulièrement le bas ventre tout en s'épongeant le visage avec son mouchoir. Elle m'explique que ses démangeaisons lui viennent de l'excision mal faite qu'elle a subie dans son enfance. D'où vient donc cette pratique barbare qui prive les femmes du plaisir sexuel ? Pour quelle raison la tradition exige que l'on ampute ainsi les jeunes filles ? Est-ce un moyen d'assagir les femmes ? Il est vrai que la sexualité dans cette région du monde semble ne pas porter de tabou comme en Occident où la soi disant libération des années soixante a laissé place souvent à une incompréhension entre les deux sexes si l'on en juge par la solitude qui sévit dans le monde moderne. Ici, l'oeillade chargée de pollen d'un homme envers une femme est reçue par celle-ci de façon bienveillante, les rapports humains sont souvent emprunts de sincérité et il n'y a pas de mal à faire sentir à une personne l'attirance physique qu'elle suscite. J'aime la façon dont les femmes africaines piquent leur far sous le regard d'un homme, elle ont cette grâce et sensualité lascive qui inspire la confiance. Les tanzaniennes semblent avoir cette dignité intrinsèque qui ne s'émeut pas de la réalité des relations naturelles entre les hommes et les femmes.

Certes, certaines poussées par la pauvreté ou par leur naturel usent de leur charme pour survivre ou réussir, et le client de la terrasse du bar est sans cesse harcelé pour leur payer de la bière, comme par certains Massaïs qui ont sombré dans l'alcool et ont perdu la dignité de ce peuple guerrier. C'est à cette terrasse que je passe mes soirées en buvant de la bière bien fraîche à observer tout ce petit monde attablé et occupé à discuter et regarder les taxis qui vont et viennent. C'est le centre de l'animation nocturne dans cette ville. Les chauffeurs attendent le client en astiquant leur taxi. Ce sont toutes de voitures japonaises comme en Afrique en général puisque les japonais se taillent la part du lion sur ce marché de l'automobile. Seuls la Allemands conservent une part du marché avec leur Mercedes, mais pas de voitures neuves françaises. Par contre les collectionneurs peuvent encore admirer de très vielles Peugeot encore en service grâce au génie et à la débrouillardise des mécaniciens. Je repense aux 504 du Maroc et de l'Egypte, aux 404 de la bande de Gaza et aux taxi 403 et même 203 du Soudan... L'observation de la circulation donne une idée assez précise du développement et de l'histoire d'un pays. De même, Cuba garde la trace de son passé avec ses vieilles voitures américaines.

Mais en attendant, je commence à en avoir assez qu'on me demande de la bière. Seule la fille du patron m'en a offert une. Elle est en vacances, elle vit aux Etat Unis où elle est infirmière et mène la grande vie entre le bar et la discothèque, entourée d'amis qu'elle méprise un peu en arborant fièrement sa seconde nationalité. Je me demande si elle est ainsi pour se démarquer de la pauvreté ambiante ou pour reporter sur ses congénères en racisme culturel celui de couleur qu'elle subit en Amérique.

Je m'enferme donc dans ma bulle, et tire profit de cette période d'inactivité pour recommencer à gamberger sur mon sujet de thèse en informatique que j'ai soutenue il y a déjà huit ans. Après un post-doctorat à Pékin, je me suis retrouvé sans emploi, sans doute parce que je n'avais pas su m'intégrer à la famille des chercheurs. Il est vrai qu'il est difficile d'allier un travail stable avec les voyages et les études, et mon refus de toute allégeance et il faut bien le dire ma tête de con m'ont souvent mis dans des situations difficiles. Pourtant malgré le prix à payer pour vivre mes rêves je ne regrette pas ma vie passée et j'ai toujours espoir de voir aboutir mon intuition. De toutes façons, ce qui compte, ce n'est pas le statut social mais bien la réalisation de soi même, alors je griffonne sur ma feuille de papier les figures géométriques qu'il me restera à programmer dans mes moments de liberté pendant mon travail à mon retour. Je finis donc la soirée hors de l'espace dans les quatre dimensions de la géométrie projective, aidé par la bonne bière africaine, léguée à ce pays par les Allemands avant la première guerre mondiale comme à chaque endroit du monde où ils ont séjourné.

A propos, c'est demain que les Autrichiens partent pour Dar El Salam. Une dernière promenade, je les accompagne au train, Aufwiedersehen !

Une dernière nuit à l'hôtel et je prépare mes affaires, car c'est cette nuit que je pars pour Kigoma, port au port du lac Tanganika.

Le bus part à quatre heures et demi du matin. Je laisse donc mon sac à la réception de l'hôtel et j'attend patiemment l'heure du départ. A cette heure avancée de la nuit, mieux vaut rester près des taxis, car dans les rue adjacentes, des enfants rackettent les passant imprudents. Si l'on refuse de leur donner de l'argent, ils marquent leur mécontentement en donnant un coup de cutter sur la peau de leur victime. Je préfère donc ne pas m'aventurer tout seul sur le chemin de la gare routière et pour une fois décide de prendre un taxi. Le chauffeur est sympa, il me propose même de conduire sa voiture mais je décline sa proposition, je suis crevé et conduire à gauche à cette heure avancée de la nuit ne me tente pas. Nous arrivons à l'autobus qui doit me conduire pendant sept cents kilomètres jusqu'aux rives du Tanganika. A la réservation du billet, hier, j'ai demandé la place derrière le chauffeur, suivant ainsi les conseils d'un Australien habitué des matatus kenyans qui m'avait dit qu'en cas d'accident, le chauffeur chercherait à se protéger et que le point d'impact serait de l'autre côté de son siège.

Le bus d'environs soixante dix places n'est plus tout jeune. A l'arrière, on a peint en grand 'in God we trust' (nous croyons en Dieu) et à l'intérieur, au dessus du siège du conducteur, sont affichées des versets coraniques. C'est donc sous la protection d'Allah que nous entreprenons ce voyage. Le bus se remplit peu à peu et dans la chaleur de cette fin de nuit c'est le départ.

Dès la sortie de la ville, le bitume laisse la place à la piste dans les ornières de laquelle le bus s'engouffre à toute allure. Mais qu'est ce qui prend au chauffeur des rouler si vite ? Assis derrière lui, le regarde vers l'avant mais très vite je suis obligé de quitter le spectacle des obstacles qui surgissent dans la lumière des phares. Le bus dérape vers le bas côté à chaque virage, la trajectoire est corrigée in extremis à chaque fois et j'attends que l'on se renverse d'un moment à l'autre. Je n'en peux plus, c'est pire que les manèges de la fête foraine à Rennes dans lesquels parfois je monte courageusement pour me prouver que je peux surmonter ma peur. Chaque conducteur à son style et dans cette situation extrême, j'attends que le chauffeur agisse comme je le ferais, avec la même trajectoire et les mêmes réactions. Ce qui est insupportable c'est le dixième de seconde de décalage ou les dix centimètres de différence de trajectoire qui induisent un angoisse incontrôlable. Je me souviens d'un voyage en voiture avec ma famille , pendant un trajet où je conduisais vite, mon père me disait " on a tous le pied sur le frein... ", comme je le comprend maintenant, comme je me repens ! Je décide donc après une prière de changer de place pour ne plus voir ce spectacle. Je me tourne vers les autres passagers, ils attendent tranquillement que cela se passe avec leur fatalisme habituel. Sur une des banquettes voisines, un indien et sa femme africaine portent sur leurs genoux un bébé qui dort malgré les secousses.

Soudain, voilà que le bus ralentit, dans la lumière des phares, d'autres autocars arrêté devant une barrière. Nous descendons, il s'agit du passage d'une rivière. Il faut attendre que le bac commence sa navette. Nous devons attendre dans l'aurore du jour l'ouverture de la grille. Mais si on est bloqué une demi-heure ici, pourquoi donc le chauffeur roulait-il si vite ? Il doit connaître les horaire du bac...

Mais voici que la réponse arrive, il s'agit du bus de la compagnie concurrente qui s'arrête derrière nous. Les chauffeurs s'interpellent, ils semblent bien se connaître. Eh oui, ils font la course sur cette piste infernale, ils se tirent la bourre pour savoir qui arrivera le premier. La première manche est pour nous.

Six heures, la grille s'ouvre, les passagers doivent acheter un ticket pour traverser la rivière... ce n'était pas prévu mais soit. Sur le bac, je goûte ce moment de tranquillité en regardant les oiseaux voler dans la lumière du petit matin. Au moins maintenant, il fait jour.

Nous débarquons, chacun remonte dans son bus, déjà les deux groupes de passagers font bloc et s'observent. Nous redémarrons, et cela repart de plus belle. A quatre vingt kilomètres à l'heure, le bus dévale la piste sablonneuse dans le rail des ornières laissées par les passages précédents. A cette vitesse, à chaque dos d'âne, chaque essieu se prend plus de cent tonnes dans les dents ce qui fait rebondir les passagers de trente centimètres au dessus de leur siège. C'est là que l'on risque le tassement de vertèbre car parfois les coups de buttoir consécutifs interviennent alors que l'on n'est pas redescendu sur son siège. La somme des énergies descendante du passager et montante du siège peut être fatale à un dos fragile. Lorsque je décolle, je dois maintenir mes mains accrochées à la banquette pour amortir le choc. A bout de dix kilomètres j'ai compris le truc et réussis à minimiser l'impact des coups de pied dans le cul que la piste me donne. Parfois un nid de poule plus profond fait voltiger les passagers en l'air dans un bruit assourdissant. Tout le monde rigole, en lévitation de quarante centimètres. Seul le bébé pleure parfois, mais il se rendort sur les genoux de ses parents qui le tiennent fermement arrimé. A l'arrière du car, on aperçoit le concurrent qui se rapproche. Tout le monde fait équipe avec le chauffeur. Les commentaires fusent en swahili que je ne comprends pas mais dont je devine le sens.

L'adversaire se rapproche encore, il est juste derrière nous maintenant. Il est vrai que son bus est plus récent que le notre. Quand je pense que les deux bus étaient l'un à côté de l'autre lorsque j'ai acheté mon billet hier matin, je ne savais pas en marchandant mon voyage que je choisissait l'équipe d'un match dont je fais maintenant partie...

Une longue ligne droite sablonneuse, et voici que le bus nous dépasse, dans un enfer mécanique, à plus de cent kilomètres à l'heure, rebondissant dans les ornières et aspérités de la piste, les moteurs poussés à fond se mesurent. Les carcasses des véhicules se frôlent, je regarde les passagers par la fenêtre, ils ont tous la même frénésie, les deux équipes tels des rameurs accompagnent leur engin respectif, c'est un combat collectif.

Ca y est, ils sont passés, nous essayons de rester collés à l'adversaire mais en vain, il est plus rapide. Ce fut quand même une belle course. Peu à peu nous nous faisons distancer et le voyage continue. Le chauffeur a maintenant perdu espoir de gagner la partie et sa vitesse diminue un peu. J'en profite pour regarder le paysage et cette nature abondante mais poussiéreuse. Malgré les fenêtres fermées, la poussière réussit à envahir le bus et enduit les vêtements et bagages des passagers. Je serai content de prendre une douche ce soir...

Déjà huit heures de trajet, j'en ai plein les fesses. Le bus s'arrête parfois pour prendre des passagers et j'observe la vie qui s'organise et j'admire la résistance des participants à ce terrible voyage, surtout les enfants et personnes âgées qui encaissent cet inconfort sans broncher. Mais ils n'ont de toute façon pas le choix.

Mais qu'est-ce que je vois au loin, oui c'est bien lui... le bus adverse est arrêté ! Le chauffeur se gare à côté, que se passe-t-il? Il s'agit d'une crevaison, les passagers de l'autre équipe sont regroupés autour de la roue avant droite dont le pneu a rendu l'âme. Le chauffeur adverse semble avoir des difficultés à réparer la roue, je crois qu'il n'a pas de roue de secours ou que celle-ci est déjà crevée. Les chauffeurs discutent entre eux et le nôtre sportivement prête sa roue de secours. Il la récupérera à l'arrivée. Nous repartons donc en tête avec comme avance le temps que les autres prendront à changer leur roue. C'est parti ! La surexcitation monte dans le bus, maintenant, c'est sûr nous allons gagner la course, les passagers rigolent entre eux. Nous approchons de Kigoma, plus qu'une heure, quel voyage ! Quand je pense qu'en Ouganda des touristes paient le prix fort pour se faire peur à aller rencontrer les gorilles, ils n'ont qu'à prendre un billet de bus, ils en auront pour leur argent.

Tout à coup, le moteur s'enroue, nous nous garons sur le bas côté, panne mécanique. Oh non ! Si près du but ! Le chauffeur ouvre le capot et entame une réparation de fortune. Au bout de dix minutes, le deuxième bus réapparaît. Je m'attends à ce qu'il s'arrête pour nous aider, mais non, il passe en faisant sonner son Klaxon tonitruant. Mauvais joueur !

Enfin nous repartons, et peu après, au bout de treize heures d'enfer mécanique, c'est l'arrivée à Kigoma. Je suis brisé et sale mais drôlement content d'être arrivé... sain et sauf, décidément, il faut croire en Dieu.

Une grand rue qui descend vers la gare, un peu plus loin le port où je vais prendre dans quelques jours le bateau pour la Zambie, mais d'abord une chambre et une douche, vite ! Je regarde sur mon guide, et vais voir l'hôtel, c'est sale. Une tentative avec un hôtel voisin, trop cher. Je reviens vers le premier et m'y installe.

En fait il s'agit d'un grand bar en terrasse sous de la tôle ondulée avec à côté une salle de restaurant qui ressemble à une cantine et quelques chambres miteuses à l'arrière. Après tout, cela me suffit pour dormir, et en plus c'est central, et à un quart d'heure de marche de l'endroit où je dois embarquer. Une bonne douche et j'investis le bar. L'endroit est sombre comme la plupart des bars populaires. Les clients sont attablés devant des bières et discutent. Lorsque la nuit tombe, on ne se voit plus, surtout les noirs qui par la couleur de leur peau sont difficiles à discerner dans l'obscurité. Cela donne une ambiance particulière, intime et propice à la confidence. Je m'approche du bar un peu plus éclairé que le reste de la salle. Un télévision trône dans un coin de la pièce, elle diffuse des clips vidéo congolais. C'est vrai que nous sommes à deux pas de ce pays qui a fait de sa production musicale une vraie industrie. Déjà plusieurs personnes se sont adressées à moi en français, sans doute avaient-ils repéré mon accent lorsque je parle anglais. Cela me fait tout drôle de parler français ici. C'est vrai que jusqu'à maintenant, je n'ai utilisé que l'anglais dans mes contacts avec les africains. Cela me gêne d'utiliser ma langue, je préfère une langue neutre qui met les interlocuteurs à égalité, sans doute ce côté espérantiste qui m'accompagne dans mes voyages.

Un photographe local entame une discussion, il me présente deux amis, l'un d'entre eux est un capitaine de bateau du Burundi. Il est bloqué ici car la guerre civile sévit dans son pays et il ne peut pas rentrer. Cela fait déjà un bout de temps qu'il est ici, il doit retourner sur son bateau tous les soir car il n'est pas en situation régulière. L'oisiveté associée au caractère parfois assoiffé des marins fait qu'il est déjà bien entamé. Je l'accompagne dans son voyage imaginaire puis je vais me coucher, épuisé.

Le lendemain, je vais faire un tour près du port où je dois embarquer. Le tarif du bateau est différent pour les étrangers et je dois débourser cinquante dollars pour mon billet. Le bateau part dans quatre jours.

Je flâne un peu près du rivage, observant les étendues de petits poissons qui sèchent sous le soleil, principale source de revenus de la région. Des militaires m'interpellent, je n'ai pas le droit de rester ici, c'est une zone militaire. C'est vrai que l'ambiance est moins sympa que dans les autres villes que j'ai visitées en Tanzanie, peut être parce que la guerre n'est pas loin, en effet nous sommes près du Congo, du Rwanda et du Burundi, trois pays qui ne sont pas très calmes en ce moment... Les camps de réfugiés ne sont pas loin et la vie semble difficile ici.

Le lendemain visite à Ujiji, à dix kilomètres de Kigoma, je prends un minibus pour l'endroit mythique où fut prononcée la célèbre phrase " Dr Livingstone I presume ? " par Stanley, journaliste envoyé par l'Angleterre pour aller rechercher le célèbre médecin. L'endroit se situe à une centaine de mètres du lac. Un monument est érigé devant la maison où il vivait et le garde a même reconstitué les personnages en carton pâte. Des touristes étrangers sont là à suivre les commentaires d'un guide de tour organisé. J'écoute ses explications, deux touristes Australiens arrivent avec leur 4x4, c'est fou le nombre de personnes de ce pays qui se baladent à travers le monde ! Je découvre pourquoi ce Docteur Livingstone est tant apprécié en Afrique: parce qu'il a apporté la civilisation et ouvert des routes commerciales, mais surtout parcequ'il a apporté le christianisme et aboli l'esclavage que pratiquaient les marchands arabes dans la régions. Je fais la photo souvenir et marche vers le rivage mettre les pieds dans l'eau du célèbre lac. L'endroit est une plage de sable où sont "échoués d'immenses barques qui servent à faire du commerce avec le Congo d'en face, en quelques heures on peut aller dans ce pays en traversant le lac. Dans ce mini chantier naval, j'observe la construction de nouveaux bateaux, tous de la même conception. D'autres vont et viennent amenant marchandises et poisson. Un repas dans une cabane en bois transformée en gargote, je reste quelque temps à marcher dans l'eau en m'imbibant de l'ambiance et goûtant l'atmosphère de cette vie de pêcheur paisible. De retour à Kigoma, une promenade sur les hauteurs qui surplombent le port pour attendre le coucher de soleil, demain c'est le grand départ pour descendre le Tanganika jusqu'à la Zambie. Comme je suis heureux à l'idée de réaliser cette expérience. Je me rappelle le voyage sur le lac Victoria et celui plus ancien sur lac Titicaca en Bolivie, quelle chance de vivre de tels moments. Mais trêve de sensiblerie, il me faut préparer mes bagages.

Le lendemain, je me rends au terminal maritime, le départ est à seize heures. Dans la salle d'attente, j'observe les familles qui se préparent pendant que l'on charge le bateau de ballots de poisson séché. C'est fou tout ce que peut transporter un bateau. Tout à coup je vois un blanc arriver, celui là ne doit pas se faire embêter par les autochtones car il a une look plutôt zonard avec ses deux sacs plastique qui lui servent de bagage. Il doit avoir la soixantaine peut être un peu moins. On se salue, il vient s'asseoir près de moi, en fait c'est un russe qui est professeur d'histoire à l'Université de Saint Pétersbourg. Il voyage ainsi tous les ans pendant ses vacances et à déjà visité une multitude de pays, déjà pendant la période de l'URSS. Il connaît parfaitement tout le bloc communiste, Cuba et les pays satellites de l'URSS dans lesquels il pouvait aller à l'époque, et maintenant il attaque le reste du monde. Quel personnage! Derrière son apparence je perçois une grande humilité. Nous échangeons les deux ou trois phrases que nous connaissons dans nos langues respectives, ça y est l'amitié est née. C'est marrant comme le français et les slaves ont tendance à s'apprécier. Un jour je demandais à un polonais pourquoi la France et la Pologne avaient des liens d'amitié si fort, il me répondit " peut être parce que ces deux pays n'ont pas de frontière commune... ", à méditer, surtout à l'aube de la cohabitation de ces deux pays dans le même espace politico-économique...

En tout cas, les africains nous mettent dans la même cabine. C'est sombre et l'odeur qui règne est un mélange d'huile de moteur et de poisson dans cette cabine de seconde classe près du niveau de l'eau.

Vite il faut monter sur le pont, c'est bientôt le départ. Le russe et moi définissons la prise en charge de la clé de la cabine pendant le voyage, rien de tel que de veiller mutuellement l'un sur l'autre pour créer une entente. Je monte en haut du bateau attendre le moment du départ. Accoudée au bastingage, une jeune suédoise attend elle aussi. Nous nous présentons, elle parle parfaitement le français, elle m'explique qu'elle va voir sa famille à Lusaka en Zambie. Je lui raconte mon voyage, nous sommes peut être amenés à nous revoir sur la route. Plus loin deux couples d'allemands discutent, ils sont un peu surexcités, en effet ce bateau, le MV Liemba de construction allemande est le plus vieux steamer du monde. Il a été apporté en pièce détachées d'Allemagne, puis de Dar El Salam au début du siècle, alors que les Allemands colonisaient cette région du monde. Lorsque ceux-ci ont perdu leur colonies à leur défaite de 1918 au profit des Anglais, le bateau fut coulé puis remonté à la surface après que la couronne d'Angleterre l'eût racheté au prix fort. Certes depuis les années soixante, les machines à vapeur ont été remplacées par des moteurs diesel, mais les premiers de conception américaine n'ont tenu que deux ans, on les a remplacés par des moteurs allemand qui tournent sans problème jusqu'à maintenant m'explique un des Allemands avec fierté. C'est vrai qu'ils sont bons en mécanique... et pour faire de la bière. Les deux couples ne vont pas jusqu'à Mpulungu en Zambie, ils vont s'arrêter en chemin pour reprendre le train vers la capitale du pays Dar El Salam. Mais voici le tremblement du bateau qui précède le départ. Peu à peu, nous nous éloignons du quai, la sortie du port, et voici le grand large, en pleine Afrique noire, sur le lac le plus profond du monde, un rêve s'accomplit, j'ai les larmes aux yeux.

A bord la vie s'organise peu à peu, c'est vrai que le voyage dure quarante heures. Un restaurant bar où sont attablés les passagers, ambiance très conviviale, tout le monde est content. Après quelques heures le bateau stoppe, on voit alors arriver des barque contenant des marchandises et passagers qui doivent escalader le bastingage pour monter sur le bateau. Les hommes et le poisson séché sont transvasés dans l'instabilité des barques surchargées qui menacent de chavirer. Bientôt la nuit tombe et ensuite toute les deux ou trois heures la même scène se reproduit. C'est un bateau omnibus qui assure le ravitaillement et l'acheminement des marchandises de toute la région. Je suis fasciné par l'organisation silencieuse et bien rodée qui préside à ce spectacle. Au loin, sur la plage nous voyons le grouillement de la population qui s'affaire sur le rivage près des villages de pêcheurs faites de huttes. Le passage du bateau, c'est l'animation du village, un peu comme le transsibérien lors de ses arrêts dans la Russie profonde où des villageois assis sur les bancs de la gare assistent aux transactions commerciales avec les Chinois du train.

Une nuit avec le russe dans la cabine, j'espère que je ne ronfle pas trop, mais comme celui-ci ronfle aussi, nous nous entendons. Le lendemain dans l'après-midi c'est au tour des allemands de quitter le bateau à l'un des nombreux arrêts qui rythment le voyage. Ils montent avec difficulté sur la pirogue, empêtrés dans leurs sacs à dos, et il faut bien le dire pas trop rassurés. Un au revoir, bonne chance et ils s'éloignent vers de nouvelles aventures. Quelle drôle de race que les voyageurs tout de même, qu'est ce qui les mène, je crois que c'est à chacun sa réponse, mais il y a ce petit coup d'adrénaline qui nous permet de sortir de nous mêmes et nos habitudes. Quand je pense que certains prennent cela pour un fuite, ils n'ont rien compris...

Le voyage se poursuit, une nouvelle nuit s'annonce, quel beau coucher de soleil !

Au petit matin c'est l'arrivée à Mpulungu, ce n'était qu'un nom sur mon itinéraire, mais maintenant voici la Zambie qui s'offre à mon regard. Que me réserve ce nouveau pays ? La suédoise qui connaît un peu ce pays m'a dit que les gens ici étaient plus indolents qu'en Tanzanie. Tout énervé, je prépare mon sac, et attends impatiemment l'accostage. Une ruée vers la terre ferme, je parcours les cent mètres qui nous séparent du poste frontière d'un pas rapide. Arrivé à la frontière, on me dit de retourner au bateau car j'ai oublié de tamponner mon passeport. Je fais contre mauvaise fortune bon coeur et m'exécute après avoir laissé le sac sous la garde d'un des douaniers. J'ai changé quelques dollars en kwatcha pour les premières dépenses mais il va falloir que je trouve rapidement une banque. Le douanier accepte avec réticence de tamponner mon passeport breton, merci, à moi la Zambie. Que me réserve ce nouveau pays ? Mon itinéraire est imprécis jusqu'aux chutes Victoria au sud du pays près de la ville de Livingstone, je verrai bien...

La ville de Mpulungu semble ne présenter que peu d'intérêt et je décide donc d'aller au plus vite vers Kasama. Une place sur laquelle sont garés des minibus, je demande celui pour ma prochaine étape, il me faut attendre deux heures. J'aperçois la suédoise, elle décide de rester une journée ici alors que le russe veut trouver un lieu où changer de l'argent avant de continuer. Un gros 4x4 arrive, il est en mauvais état et après marchandage du prix du trajet, je prends place à l'avant du véhicule. Il comprend sept places assises à l'intérieur, trois devant et quatre derrière, bien serrés, plus une petite plate forme à l'arrière où s'entassent une dizaine de personnes sous une bâche soutenue par un arceau. Nous démarrons, mais au lieu de prendre la route nous nous dirigeons sur les hauteurs de la ville ou l'on charge des ballots de poisson séché sur l'arceau à l'arrière du véhicule. Ainsi chargé, le 4x4 a doublé de hauteur, l'arceau plie dangereusement au dessus des passagers de l'arrière... enfin, après une heure de chargement pendant laquelle j'observe au loin le port et dis au revoir à la Tanzanie et son bateau mythique, nous prenons la route pour Kasama. La route sinueuse contourne les pentes de cette zone rocheuse, puis peu à peu c'est le bush avec une ligne droite infinie. Un barrage de police, nous sommes en surcharge, et commence la longue négociation de l'amende que le chauffeur doit payer. Au bout d'une heure, nous repartons. J'observe la manière dont le chauffeur conduit, c'est bizarre mais pour freiner il pompe de plus en plus sur la pédale... il s'arrête, regarde la fuite de liquide sous la voiture et repart. Régulièrement, des barrière obstruent le passage sur la route, et le voyage se termine sans freins, le conducteur hélant les gardes barrières pour qu'ils ouvrent le passage avant notre arrivée. Tout le monde est inquiet car il n'y a plus que le frein moteur pour arrêter les trois ou quatre tonnes de ce véhicule surchargé de marchandises et passagers. Enfin, après six heures de route incertaine, nous arrivons à Kasama, quelle journée! Je cherche un hôtel, je dépense presque tout mon agent local avec le prix de la chambre. Comme je regrette de ne pas avoir attendu l'ouverture de la banque à Mpulungu, le week-end commence et je suis dans la m... car les habitants n'acceptent pas les dollars. Rien à voir dans cette ville si ce n'est la grande surface appelée Shoprite. Il s'agit d'une chaîne de grand magasins à l'occidentale d'Afrique du sud. Cela change des petites surfaces des pays que j'ai traversés jusqu'ici, on sent qu'à partir de maintenant la vie économique est sous l'influence du pays le plus au sud de ce continent. Mais pas de distributeur de billet et le changeur au black n'est pas là. Je passe donc la nuit à l'hôtel, inquiet et décide de partir au plus vite. Pour une fois, j'ai une télévision dans ma chambre et je regarde les informations complètement inintéressantes. Un des sujets porte sur les aliments transgéniques et un chercheur américain explique que jusqu'à maintenant, personne n'a souffert de ce type de nourriture aux Etats Unis.

Le lendemain matin, j'achète un billet de bus pour Mpika, prochaine étape du voyage. Ca y est, je suis à sec. En attendant le bus je cherche à changer des dollars. Plusieurs blancs sont installés ici, ce sont de riches propriétaires d'origine anglaise ou irlandaise. Ils ne peuvent m'aider car ils n'ont pas beaucoup d'argent sur eux, et les dollars ne les intéressent pas. Le bus pour Lusaka fait un arrêt, je vois la suédoise avec une mine défaite, elle n'a pas dormi et semble avoir bien arrosé sa soirée, elle ne peut pas m'aider car elle a tout dépensé et compte se refaire à Lusaka. Le russe est là lui aussi mais il n'a pas assez d'argent pour me changer mes dollars. Après une courte pose, leur bus repart. Enfin, avant l'arrivée de mon bus, je trouve in extremis un commerçant qui me vend des kwatchas aux prix fort, mais tant pis, je n'avais qu'à être plus malin... Je suis sauvé, j'ai de quoi rallier Lusaka après une petite pause à Mpika... ouf.

Trois heures et demie de route en ligne droite, cela ma rappelle la panaméricaine qui remonte le chili tout droit à travers le désert d'Atacama, mais ici c'est le bush, c'est à dire une végétation de hautes herbes et d'arbres clairsemés. Cette nature semble livrée à la vie sauvage, puisqu'on ne voit aucune habitation, mais parfois des humains apparaissent, sortant d'on ne sait où. A l'arrivée à Mpika, je me retrouve en plein far west. L'arrêt de bus se trouve à un grand carrefour au milieu de nulle part, seule une station service et deux épiceries bar restaurant animent l'endroit. Une femme descend en même temps que moi, je lui demande mon chemin, elle m'invite à la suivre. Après cinq cents mètres de marche courbé sous le poids de mon sac à dos, des maisons apparaissent. Arrivée chez elle, elle m'indique la direction du 'centre'. En fait c'est village comme on en voit dans les western, constitué par deux rues perpendiculaires formées par des boutiques de tôle ondulée. La musique qui s'échappe des boutiques est country ce qui ajoute à cette ambiance far west. Je m'attends à voir sortir de cowboys d'un saloon à tout moment. C'est le centre commercial de la région avec son marché qui jouxte le 'centre ville'. Après une heure à suer sang et eau sous le poids de mon sac à dos, je trouve enfin une chambre dans un genre d'auberge. Je pose mon sac et vais à la rencontre de ce village fascinant. Un petit tour dans les boutiques pour acheter de la musique et je vais manger un morceau dans une gargote. La spécialité en Zambie, c'est la saucisse grillée chère à la cuisine anglaise. Je m'exécute et continue mon après midi dans les bars du village à discuter avec les gens et les observer jouer au billard. Dans l'un d'entre eux un match de football est retransmis, tout le monde crie en buvant de la bière, je participe. Un gars discute avec moi et me demande de lui parler du sida et des aliments transgénique, il en a entendu parler mais ne comprend pas bien si tout cela est grave. Il est quand même un peu inquiet car il a l'impression qu'on lui raconte des histoires. A la sortie, j'entends de la musique sortant d'une cabane, serait ce une discothèque ? Mais non, je reconnais la tête des gars d'Arusha qui boivent de l'alcool fait de fruits fermentés dans des grands gobelets en plastique... ils m'invitent à entrer... non merci, je n'ai plus soif. Un dernier verre au bar de l'auberge avant d'aller me coucher, je tombe sur la réunion improvisée de représentants des agriculteurs du coin et de politiques venus le Lusaka. Ils se plaignent que les politiques ne tiennent pas leurs promesses et reviennent sur leurs engagement une fois retournés dans la capitale. J'écoute leur discussion sur le développement de la région. Ils me prennent à témoin, certains vont même jusqu'à regretter le départ des blancs. Avant au moins il y avait des procédures alors que maintenant c'est l'anarchie. J'y vais de mon couplet sur l'indépendance de l'Afrique unie et le choix d'une langue africaine comme vecteur de communication, ils m'écoutent et trinquent avec moi.

Le lendemain je reprends mon sac, et parcours à pieds le kilomètre qui me sépare du carrefour où je dois prendre le bus pour Lusaka. Sur le chemin je vois mon ombre qui marche près de moi, elle a une forme bizarre avec son sac à dos, je la prends en photo.

Arrivé à l'arrêt du bus, je retrouve un des gars d'hier soir, il rentre à Lusaka et m'aide à acheter mon billet, il s'occupe de contrôler la distribution des journaux qui sont acheminés par les bus, certains paquets de journaux disparaissent et sont revendus sous le manteau... Le bus arrive, il est bondé, tout le monde ne pourra pas monter. J'arrive à me faufiler mais il me faut voyager debout. Sept heures de trajet pour Lusaka, au bout de quatre heures je peux poser une demi fesse sur un accoudoir, puis des passagers descendent et je finis le voyage assis. La nuit tombe juste à l'arrivée à Lusaka. Je suis complètement perdu et un peu inquiet car on m'a dit de ne pas trop traîner près de la gare. C'est justement là que je me trouve à enjamber les voies ferrées en suivant des gens dont j'essaie de percer les intentions. Pas rassuré le petit Bernard sous son sac à dos. Près de là se trouve un hôtel pour cheminots, mais trop cher pour moi. Je me résous donc à aller au backpacker du guide. Une voiture, le conducteur affirme que c'est un taxi, j'hésite, des passants me confirment, j'accepte. Après un quart d'heure de trajet une porte à deux battants s'illumine à la lumière des phares, c'est bien le Chachacha backpacker, résidence pour routards tenue par un Australien sympathique. Je suis crevé mais drôlement content d'être là, je commence à discuter avec les résidents de l'établissement, ils viennent du monde entier. Au bar, un sicilien et un autrichien d'à peu près mon âge boivent une bière, je discute avec eux, ils sont sympas. Ils vivent dans le bush où ils travaillent dans une exploitation, ils veulent se mettre à leur compte. Ce sont des gars qui ont pas mal baroudé et notre trio se forme autour d'un verre. Un peu plus tard je rencontre André, un parisien qui arrive d'Afrique du sud par la Namibie. Il est sympa et me dit qu'il voudrait aller se balader au nord du pays près d'un lac en pleine nature. Il préférerait ne pas y aller seul. Après mes mises au point sur les relations entre la Bretagne et la capitale française, nous nous entendons. J'accepte de partir avec lui quelques jours lorsqu'il sera revenu d'un safari qu'il entame demain. Le départ est prévu dans une semaine, d'ici là, je compte me faire une petite pose et découvrir cette capitale qui n'a cependant à première vue pas beaucoup d'animation à offrir.

Me voici donc dans mon dortoir à huit lits superposés, je m'installe pour la semaine à venir et demande à l'axe Vienne-Palerme ce qu'il y a de beau à faire ici. Après quelque bières au bar, ils m'invitent près des douches où nous nous cachons comme des collégiens pour fumer de l'herbe locale. Il est vrai qu'il vaut mieux ne pas se faire piquer à fumer dans ce pays car les policiers qui attrapent un blanc lui extorquent jusqu'à plusieurs milliers de dollars sous la menace de les envoyer prison. Et nous nous racontons en faisant tourner le calumet de la paix. Le lendemain, après la visite du musée qui présente la civilisation et les découvertes archéologiques de la région ainsi que la période de lutte pour l'indépendance appelée Chachacha, je farniente sur une chaise longue près de la piscine de l'hôtel. Mon casque de walkman sur les oreilles, je rigole bêtement tout seul en écoutant de la musique, une anglaise me demande si j'apprends une langue étrangère, mais elle comprend mieux lorsqu'elle m'aperçoit une cigarette à la main au fond du jardin.

Ce soir mes potes m'ont invité à partir en bordée avec eux, nous allons dans un genre de bar discothèque où l'on peut danser, ils me disent qu'il y a de jolies filles. Je les accompagne. C'est vrai que j'aime danser et que la musique est bonne ici. A l'entrée, le portier tique un peu sur mes tongues, mais mes copains le connaissent. A l'intérieur, une très grande salle comprenant une piste de danse et un long bar. Nous nous asseyons, et la bière coule. L'endroit est bourré de filles très jolies qui aguichent les clients et se font offrir de la bière. Au moindre regard posé sur l'une d'entre elles, et c'est le clin d'oeil engageant. Parfois, deux filles se battent, c'est bizarre comme elle ont le coup de poing dans la gueule facile entre elles, pour protéger en général leur homme des avances d'une autre. C'est inattendu de la part de femmes, mais ici c'est comme ça.

Comme l'endroit est sympathique ! La soirée s'avance, la bière coule, je danse, est-ce la fatigue qui me prend, voici que je me mets à rêver! Je discute depuis un moment avec une jolie fille, puis une autre tout aussi jolie m'aborde, la soirée va bientôt finir, et je ne sais laquelle choisir. Hésitant entre mes deux compagnes, je décide de les emmener toutes les deux, je ne sais où d'ailleurs, mais je suis vraiment très énervé. Après discussion avec mes copains qui sont déjà accompagnés, ils acceptent de nous prendre dans leur van. Sur le trajet je revois mes collègues à l'avant, je suis à l'arrière, une fille de chaque côté entourée par mon bras, comme c'est bon de sentir leur chaleur féminine... Mais arrivé au backpacker, le garde refuse de les laisser entrer. Mes potes rentrent, ils sont fatigués. Et je reste la dehors comme un con avec les deux filles, que faire? Une des fille me dit qu'elle doit rentrer et qu'il faut que je lui paye le taxi, je sors un billet de ma poche, m'attendant à ce qu'elle me rende la différence avec le prix du taxi, mais elle enfourne mon fric et se tire sans demander son reste. L'autre s'éclipse un peu plus tard... La porte de l'hôtel est fermée et j'entreprends d'escalader le portail qui est surmonté de pics métalliques pointus en forme de lance, heureusement le garde vient m'ouvrir alors que je suis à mi hauteur et je rentre me coucher en grognant. Le lendemain, je raconte mon rêve à l'australien, il me dit qu'il est interdit d'amener des filles ici et me demande si je me suis disputé avec le garde. Je lui réponds que non, il me remercie. Mon copain autrichien me dit d'éviter d'escalader les murs la nuit, " tu comprends, si un des gardes qui fait la ronde dans le coin te voit et qu'il est bourré, il risque de te tirer dessus ".

Je profite des quelques jours avant l'arrivée d'André pour préparer mon escapade près du lac. Je vais acheter une petite tente de camping. Mon budget est sérieusement entamé par le prix de la tente, du backpacker, de la bière et des dépenses annexes. Déjà trois fois que je retourne au distributeur de billets. Enfin, André arrive demain et le départ dans le nord est prévu le jour suivant. Comme prévu, André apparaît et nous organisons notre virée. Le lendemain c'est le bus pour Samfya et après dix heures de trajet nous arrivons dans un petit village. Une auberge, un repas chaud et nous allons nous promener près d'un lac, une femme et sa fille viennent discuter un peu avec nous, son mari travaille dans les mines de cuivre au nord ouest du pays, c'est une bonne idée de visite, peut être au retour vers Lusaka. Le lendemain, c'est l'attente du minibus qui doit nous conduire au milieu de nulle part, à Twingi près du lac Kampolombo. A midi et demie, le minibus démarre enfin, il s'arrête à quelques dizaines de kilomètres à Kimanka, près du marché local. Le chauffeur refuse de nous amener plus loin car il veut nous faire payer plus. Et nous nous retrouvons, André et moi assis sur le trottoir après un engueulade avec le chauffeur, ne voulant pas céder à son chantage. C'est vrai qu'ils sont assez roublards ici, cela ne se serait pas passé ainsi en Tanzanie. Deux heures d'attente, la population observe ces deux étrangers assis avec leurs bagages, je rigole avec les enfants, à la fin un pickup accepte de nous amener pour un prix modique, et les cheveux au vent en nous accrochant fermement à la plate forme arrière, nous roulons vers le fameux camping près du lac. Au marché nous avons acheté du nchima, sorte de farine locale qui sert à accompagner les plats. Arrivés au campement, personne, nous décidons de nous installer. Des employés apparaissent un peu plus tard. En fait le camping est fermé, le patron qui vit à Lusaka ne paye plus ses employés, nous leur paierons donc directement l'emplacement. Ils acceptent d'aller chercher du poisson et de faire la cuisine pour nous. Il paraît qu'André ressemble au Docteur Livingstone, cela aide... Après avoir monté nos tentes, nous allons visiter le bord du lac, demain des pêcheurs acceptent de nous faire faire un tour en bateau. A six kilomètres de là, il y a Twingi, un petit village qui abrite une mission catholique et une école.

Le lendemain, nous allons à pied voir ce village. Un professeur de français qui vit ici nous fait visiter l'école, il organise aussi le tour en bateau sur le lac. Il est sympa et sert d'intermédiaire avec la population locale qui ne parle que le Bemba... Nous allons voir le prêtre de la mission, il est nouveau ici et semble très déprimé, dans sa demeure que les villageois appellent le Vatican. C'est vrai que tout seul dans ce village sans électricité, ni eau courante à ne manger que du poisson du lac qui rend aveugles certains enfant en bas âge par manque de vitamines, cela doit changer de Lusaka où il fait ses études. Les villageois le plaignent d'ailleurs et ne comprennent pas le célibat des prêtres dans une culture où le moins que l'on puisse dire, c'est que le sexe est omniprésent... André qui est armé d'un camescope a d'ailleurs été engagé comme reporter pour faire un film sur l'école afin de chercher à demander de l'aide auprès d'organismes caritatifs, il visite les salles de classes et dortoirs caméra au poing, c'est vrai que l'école est un peu glauque. Dans le dortoir des garçons, il surprend derrière un rideau, une jeune fille avec trois garçons... " on a beau faire, on ne peux pas les tenir ", explique le professeur de français...

L'après-midi se passe sur la barque du Vatican que nous a gentiment prêté le prêtre, nous pagayons avec nos amis en longeant la rive et les huttes de pêcheurs faits de branchages. Je laisse négligemment un pied traîner dans l'eau, à la recherche de fraîcheur, un des pagayeurs me fait signe de sortir mon pied de l'eau à cause des crocodiles qui rôdent dans le lac... Il paraît qu'il ne vont pas jusqu'à l'intérieur du camping où nous sommes installés... espérons. Le soir une petite fête est organisée en notre honneur au domicile d'un des enseignants. " on va essayer de trouver des femmes du village pour passer la soirée avec nous... et puis sinon, il y a les élèves... " Décidément, on sait s'occuper ici. Il paraît que certaines nuits, de la musique congolaise résonne dans le Vatican. Le soir venu, nous mangeons du poulet grillé, mais pas de femmes, dans un sens je préfère. Il nous faut ensuite rentrer à pied jusqu'au campement. " Faites attention sur le chemin du retour, parfois des boas traversent la piste... " Heureusement que c'est la pleine lune. C'est bizarre comme tout en marchant côte à côte, nous avons tendance à parler fort.

Deux jours au milieu de nulle part, à vivre de poisson et de nchima, un gars est allé chercher de la bière pour nous. Quelle ambiance devant le feu de bois à la nuit tombée, ça c'est une aventure africaine. Une école primaire jouxte le camping, nous la visitons sous le regard médusé des enfants du coin dont certains n'ont jamais vu de blanc. Chacun de nos geste est épié et ils rigolent de bon coeur. La caméra d'André les fascine.

Après trois jours de vie sauvage, nous décidons de rentrer à Lusaka en passant par la mine de cuivre qu'il est possible de visiter. Le retour vers Samfya debout sur un pick-up avec les enfants qui vont à l'école dans le village voisin, à l'arrêt de Kimanka, nous revoyons le chauffeur de l'aller... un au revoir de la main, il ne faut pas être rancunier. Mais voici un minibus qui part pour Mansa, nous n'avons pas à attendre et deux heures après c'est l'arrivé dans une gare routière d'où nous prendrons le bus pour Mfulira, but de notre étape et centre minier. Les négociations ne sont pas faciles avec le chauffeur pour acheter les places, mais enfin nous sommes assis à attendre le départ. Après trois heures et demie de route nous arrivons à la frontière du Congo. En effet la forme en croissant de la Zambie fait que pour aller de Mansa à Mfulira, il faut passer par le Congo sur une route qui appartient encore à la Zambie mais dans une zone congolaise depuis la dernière guerre entre les deux pays. Il faut dire que cette zone minière est très riche et représente un enjeu important pour la richesse nationale des deux pays. Arrivés à la frontière, le chauffeur annonce qu'il y a une panne de lumière et que la nuit tombant, il faut attendre le lendemain ici. Il le savait déjà avant de partir, ce salopard, déjà qu'il nous a arnaqué sur le prix des billets... tout le monde est furieux. André sentant le coup venir est déjà allé discuter avec le camion qui précède le car dans la file d'attente de la frontière et s'est arrangé avec le chauffeur qui accepte de nous emmener avec ses autres passagers sur la benne arrière du camion au dessus des sacs de grain qu'il transporte. Mais d'abord, il faut que le chauffeur du car nous rende une partie de notre argent, j'en fais une question de principe, et cela nous permettra de dédommager le conducteur du camion. J'engueule le chauffeur copieusement, il ne veut rien savoir. "Officer ! " je m'adresse au douanier pour qu'il force le récalcitrant à nous rendre notre fric. Cela commence à drôlement chauffer car les autre passagers du car viennent aussi demander des compte en bousculant le chauffeur. A la fin, à force de persuasion il nous rend une partie du prix du voyage. Plus loin, le camion nous attend de l'autre côté de la frontière. Au poste du Congo, je suis encore tout énervé de l'altercation que je viens d'avoir. Le douanier regarde nos passeport et nous dit qu'il faut payer un visa pour traverser le Congo. Quoi trente dollar pour faire cent cinquante kilomètres, mais cela représente deux jours de voyage ! Et de toute façon on ne nous avait pas dit qu'il fallait un visa ! Je commence à m'énerver contre le douanier, cela me fait de la peine car c'est le premier et seul pays francophone sur ma route africaine. A bout d'argument, je sors mon portefeuille, résigné à lui allonger ses trente dollars, André m'arrête " ne sors pas le fric espèce de con ! " Maintenant c'est lui qui négocie et avec une diplomatie très africaine, la discussion continue dans le bureau, tout s'arrange et nous pouvons passer. Je n'ose pas " en plus " demander le coup de tampon sur mon passeport breton. Le camion a attendu tout ce temps avec ses passagers que nous sortions du bureau et le chauffeur ne demande même pas d'argent ! Il y a quand même des gens sympa sur terre... Nous montons sur la benne et fermement accrochés aux sacs de grains, nous entamons ce cette traversé du Congo dans la nuit accompagné par les chants des autres passagers. Près de trois heures à nous faire bringuebaler sur la camion, comme je n'aimerai pas tomber sur la piste ici ! Près de la route, des lumières s'échappent de huttes et des gens dehors font la cuisine. La piste est complètement défoncée par le trafic assez intense qui y passe, surtout qu'elle ne doit pas être entretenue, et d'abord par qui puisque c'est une route zambienne dans le territoire congolais ?

Enfin la frontière Zambienne, je suis ému par cette courte traversée du Congo. Au poste congolais, je salue les douaniers qui essaient de nous tirer un bakchich mais en vain, ils acceptent néanmoins de tamponner mon passeport vert.. j'ai envie de les embrasser, " merci, à bientôt ! ".

Peu de temps après la frontière c'est Mfulira, important centre minier, le camion nous dépose devant un hôtel. Nous donnons au chauffeur la somme récupérée sur le premier voyage, j'imagine avec compassion le sort des autres passagers du car contraints de passer la nuit à la belle étoile dans le bush...

La ville de Mfulira est riche, et les habitations changent des huttes habituelles, ici on peut jouir d'un bon confort dans les anciennes maisons de mineurs construites selon le standard occidental. Le seul hic, c'est que l'ancien président a vendu les mines à des canadiens, privant ainsi la Zambie de sa principale ressource commerciale. Certes, le président est attaqué en justice, mais ce n'est pas cela qui rendra les mines à la population...

Dans l'hôtel, un grand bar où des filles accoudées attendent les clients. Une bonne nuit réparatrice et le lendemain matin, nous nous dirigeons vers la mine de cuivre que nous espérons bien visiter. A l'entrée de la mine, on contrôle nos papier et nous emmène voir un des responsables. Celui-ci nous dit qu'il est impossible de la visiter actuellement. Nous sommes très déçu. Quelques coups de téléphone, on nous dit de revenir le lendemain. Le jour suivant, nous revenons à la mine, je prend le relais dans les négociations, " diplomate hein ! " m'intime André qui se méfie un peu de mes méthodes. Au bout d'un moment, ça y est, le responsable accepte de nous faire descendre dans la mine de cuivre, mais à 564 mètres sous terre seulement. Cela nous va très bien. Il ne nous reste plus qu'à enfiler l'habit de mineur pour descendre. Nous nous exécutons dans le vestiaire avec une surexcitation joyeuse, nous prenant en photo dans notre accoutrement. Ma pellicule est finie, je change vite de film. Un ascenseur, et c'est la descente sous terre. Une visite guidée de la mine, c'est une vrai ville sous terre avec ses avenues et son matériel d'extraction. Impressionnant ! Le guide nous explique qu'il y a dix ans, à l'endroit où nous sommes, un éboulement a provoqué l'invasion de toute la galerie par de la boue et provoqué la mort par étouffement de dizaines de mineurs. On retrouve encore parfois des débris humains dans les galeries. Décidément, c'est un dur métier que celui de mineur. Je m'arrête un moment pour prier debout, peut être au même endroit qu'une victime est morte dans des conditions effroyables, le guide est touché et vient me serrer la main, décidément, la solidarité entre mineurs n'est pas un vain mot.

Près de deux heures de visite sous terre et c'est la remontée à la surface, comme nous sommes contents, quelle expérience unique ! Une dernière photo du groupe avec nos accompagnateurs, nous sommes invités le lendemain midi au restaurant de la mine, et le soir nous avons rendez vous avec nos nouveaux amis au bar de notre hôtel. Sur le chemin du retour, André découvre des signes maçonniques sur un mur, il s'agit d'une loge que nous visitons brièvement. Au mur figurent des portraits de notables locaux, et aussi beaucoup de visages pâles qui sont sans doute à l'origine de cette loge, du temps de la colonisation britannique.

Le lendemain, après un copieux repas à la mine, nous nous préparons pour la soirée. Celle-ci risque d'être chaude... Sept heures, nous commençons à la bière et faisons ensuite le tour des bars et discothèques de la ville. Ils sont vraiment sympas, ces gars. Pendant la soirée je vois au mur des établissements les photos noir et blanc des années cinquante, mémoire de la classe britannique dirigeante de l'époque. La nuit s'achève dans une discothèque surchauffée où l'on alterne danse et bière, on s'embrasse copieusement, ne sommes nous pas tous frères ? La gueule de bois du lendemain dans le bus vers Lusaka, merci Mfulira, a bientôt j'espère ! Pendant le trajet, je repense à ce que mes copains m'ont raconté hier soir, une mine de la région est exploitée par une société chinoise, mais c'est drôle comme ils ne se mélangent pas à la population, les travailleurs ne sortent jamais, et ils se promènent toujours à la queue leu leu, les gens se demandent si ce ne serait pas des prisonniers qui travaillent dans cette mine... Cela ne m'étonnerait pas!

De retour au Chachacha nous remercions le patron pour le tuyau qu'il avait donné à André, c'était vraiment une très belle ballade...

Le lendemain, un concert est organisé au centre culturel de Lusaka, les meilleurs groupes de Zambie seront là. Désormais inséparables, André me propose d'y aller, j'accepte. Je me demande si je dois prendre mon blouson, il risque de faire chaud là bas... Au dernier moment, je le prends, l'appareil photo est dans une des poches au cas où...

Une immense foule est massée à l'entrée de la salle, heureusement que nous avons déjà les billets. Nous entrons, la salle est pleine, et l'ambiance s'échauffe. Un regard de travers et voici deux jeunes femmes qui se tapent sur la figure en se roulant par terre, le public assiste amusé à ce règlement de compte courant entre femmes. Mais voici que les lumières diminuent, c'est le signe de l'entrée en scène du premier groupe, les discussions marquent un temps d'arrêt, tout le monde attend immobile le premier accord... Bang ! C'est parti, à la première percussion, tout le public s'anime comme un seul corps, ils ont vraiment le rythme dans la peau ici. Pour moi le spectacle est dans la salle et je regarde les yeux humides cette foule qui ondule harmonieusement au son de la musique... Un deuxième groupe, puis une pause, je m'approche du bar pour boire un coca frais dans cette chaleur insoutenable. Soudain je sens un mouvement de mon blouson, je contrôle... trop tard, mon appareil photo a disparu... avec les photo de la mine... je n'ose pas le dire à André, il me tuerait. Je me fais une raison, j'en achèterai un autre... et je me dirige pour voir le groupe suivant. Celui-ci doit pomper plus d'énergie que les autres ou bien est-ce le réseau électrique qui est fatigué, au bout d'une minute les plombs sautent. Après trois tentatives successives infructueuses où l'électricité défaille au même moment du morceau que le groupe recommence ensuite, je décide de rentrer à l'hôtel, j'ai mon compte.

Le lendemain, André doit partir vers le Zimbabwe prendre son avion pour Paris. " Au revoir, c'était sympa non ? " oui André, c'était très sympa, merci pour ces moments inoubliables. L'après-midi je vais dans le centre de Lusaka racheter un appareil photo. J'en trouve un à vingt dollars qui a l'air bien, en plus il est motorisé. J'en aurai besoin pour prendre les chutes Victoria en photo, autre point fort de ce voyage que je dois immortaliser. Je rentre à l'hotel préparer mes affaires, arrivé dans la chambre clac ! Ma tongue droite casse... elle n'iront donc pas jusqu'au Cap, mes tongues de l'équateur, ce n'est pas grave.

Un bus pour Livingstone au petit matin et après sept heures de route rectiligne, me voici dans la ville qui porte le nom du célèbre explorateur. C'est près d'ici que se trouve les fameuses chutes d'eau qui font aussi frontière entre la Zambie, le Zimbabwe, le Botswana et la Namibie. Enjeu touristique majeur, elles drainent quantité de touristes qui dénaturent un peu la région. Je ne compte pas trop m'attarder dans cet endroit trop touristique à mon goût, et dès le lendemain, je vais visiter les splendides chutes. Je me rappelle, il y a déjà longtemps, ma visite aux chutes Niagara lors d'un voyage en Amérique. Il est vrai qu'en cette saison le volume d'eau n'est pas très important, mais l'endroit est magnifique. Je fixe sur la pellicule ce souvenir et après un long moment de méditation après de l'eau, je décide de rentrer à Livingstone. Une journée à me balader dans les rues et au marché où j'achète une nouvelle paire de tongues, cette nuit c'est le départ par le bus qui vient de Lusaka et m'amènera directement à Gaborone, capitale du Botswana. Ce pays a la réputation d'être assez cher et je ne vois pas beaucoup d'intérêt à m'y attarder, je préfère passer plus de temps en Afrique du Sud, but ultime de ce voyage.

J'arrive sur le lieu du départ à quatre heures du matin et me fais héberger dans un minibus où des conducteurs dorment en attendant de reprendre leur journée, il fait frais à cette heure-ci de la nuit. A cinq heures, le bus venant de Lusaka arrive, il est bondé. Plusieurs personnes attendent comme moi. "Pas question de laisser monter quelqu'un", dit le chauffeur... Une femme le supplie "amenez-nous au moins jusqu'à la frontière du Botswana ! " C'est vrai que cette frontière à trente kilomètres est un lieu de passage qui permettrai de trouver un autre bus plus facilement qu'en étant scotché ici. Après de longues minutes de palabres, le chauffeur accepte. Je me glisse avec mon sac à l'intérieur du car. Plus aucune place, tous le sièges sont pris et les bagages encombrent l'allée centrale, mais au moins, j'avance... Le suis debout comme une bonne partie des passager, et le bus s'ébranle. A la sortie de la ville, il y a des contrôles de police, "baissez-vous!" ordonne le chauffeur car il n'a pas le droit de prendre des passagers debout. Tout le monde s'exécute et le bus passe. Peu après, c'est la frontière. Le fleuve Zambèze marque la limite entre les deux pays et on le traverse en bac. Pour le trajet tout le monde descend et je peux admirer ce fleuve dans l'aurore du jour. Au loin des crocodiles nagent près du rivage. Je prends mon appareil photo, il me faut changer le film. J'actionne le rembobinage... ça ne marche pas ! ! ! Merde, j'ouvre l'appareil, la pellicule est toujours dedans... les photos des chutes Victoria ! Je referme le boîtier, on verra cela plus tard...

Nous remontons dans le bus et c'est le départ après le passage au poste frontière où le douanier gentiment me tamponne mes deux passeports. Mais je n'ai pas le coeur à rigoler, un immense cafard m'envahit. Au bout de quelques kilomètres, j'arrive à m'asseoir sur mon sac et je fais maintenant face aux voyageurs, je peux à peine contenir mes larmes que j'évacue lors des poses régulières sur le trajet. A deux reprises, le bus s'arrête et les passagers doivent marcher dans des pédiluves pour désinfecter leurs chaussures afin d'éviter la propagation de maladies dans cette zone d'élévage. j'ai l'air fin avec mes tongues dans l'eau! Depuis deux mois que je suis vraiment en Afrique noir quelque chose s'est produit, je ne vois plus la couleur des gens ici car l'habitude est prise et de fait, j'ai l'impression que les noirs ne voient plus autant la mienne. Lors d'échanges de regards, c'est comme si je faisais un peu partie d'eux. Mais que m'avez-vous fait pour que je tombe amoureux de vous? J'observe ces gens calmes et tranquilles dans un confort spartiate qui ne se plaignent pas et continuent à vivre avec fatalisme, gentillesse et solidarité. Je sais que c'est cela que je quitte puisque maintenant j'arrive dans une région de mélange de couleurs, mais aussi de civilisations. Au bout d'un moment, on me propose une place assise libérée par un passager qui descend, et je continue mon voyage vers Gaborone dans le brouillard de mes pensées confuses. Quinze heures de trajet pendant lequel j'observe par la vitre le paysage. Cela ressemble à la Zambie, mais le style des constructions et des villes nouvellement construites me rapproche peu à peu de la civilisation occidentale de l'Afrique du Sud. Je n'ai presque pas d'argent Botswanais car je compte prendre le premier bus qui m'amènera vers Le Cap.

A huit heures du soir, nous arrivons, la nuit est déjà tombée, et je dois prendre un taxi pour changer de gare routière. Celui-ci m'amène près du bureau de la compagnie de bus. Il est fermé. On me dit que le bus part à six heure trente du matin et que je dois revenir. Et me voici un peu perdu dehors à chercher un hôtel pour passer la nuit. J'en trouve un et je demande le prix, exorbitant... Je ne sais que faire, il fait froid et pour les quelques heures à passer ici, je vais devoir rester dehors. Après une longue marche pour rester réchauffé et chercher une solution, j'aperçois des distributeurs de billets sur une place du petit centre commercial qui jouxte la station service d'où partira le bus. Ils sont sous la surveillance de gardes en permanence, c'est vrai que la sécurité est un problème ici, et que tout à l'heure, la police m'a mis en garde " n'allez pas dans les petites rue, c'est dangereux ! ". Je discute avec les gardiens, il sont sympas, je leur explique ma situation et leur demande si je peux rester près d'eux. Ils me proposent une chaise et je m'assieds entouré par ma couverture Massaï achetée en Tanzanie. Mais il fait vraiment très froid ici et je commence à grelotter. J'ai oublié que j'avais ma couverture de survie dans une poche de mon sac, je ne m'en souviendrai qu'en racontant l'anecdote à ma soeur au retour, c'est elle qui me le rappellera... Au bout d'une heure, la tête enfouie sous la couverture, je tremble de tout mon corps. Un garde me tape sur l'épaule et me dit d'aller dans le hall d'escalier du bâtiment voisin où les gardiens se réfugient quand il fait trop froid. Il me mettent un manteau sur les épaules et je finis la nuit assis sur une chaise dans une température acceptable. Au petit matin, à six heures je me lève pour aller retrouver le bus à la station service. Je me souviendrai longtemps de cette nuit de Gaborone où j'ai pu encore goûter la gentillesse des africains.

C'est un véhicule confortable qui m'attend, il va jusqu'à Johannesburg d'où je prendrai le bus pour le Cap. La frontière se passe sans encombres, mais le type humain change beaucoup maintenant car les blancs sont de plus en plus nombreux. Cinq heures et demi de route pour Johannesburg, je me réchauffe dans le bus et en somnolant, j'écoute un peu de musique sur mon walkman. Mais voici l'arrivée dans la capitale de l'Afrique du Sud, c'est une grande ville moderne et nous nous approchons de l'immense gare routière de trois étages au travers d'avenues modernes et animées. Nous sommes vraiment en Occident ici, le paysage et les villes ressemblent au Etats-Unis. Dans une demi-heure, un bus part pour le Cap, j'achète mon billet et m'enfonce dans mon siège d'autocar. Dans vingt heures je serai au Cap et pourrai me reposer. Le voyage se fait sur des autoroutes modernes dans un paysage grandiose. Les arrêts réguliers permettent aux passagers de se soulager et se sustenter. J'ai toujours le cafard qui m'accompagne mais il se transforme peu à peu en mélancolie et au fur et à mesure que le paysage défile, le lien se distend un peu pour ouvrir la voie à de nouvelles expériences. La nuit ressemble à ces longs trajets que je faisais en Amérique dans les fameux bus Greyhound, les souvenirs reviennent, mais c'est plutôt le vide qui prédomine dans ma tête en ce moment. Je laisse mon esprit en roue libre, je me laisse guider par le bus dans cette nuit romantique et je m'endors.

Au petit matin, c'est l'arrivée au Cap que l'on pressent depuis déjà plusieurs dizaines de kilomètres, c'est immense. Les collines harmonieuses portent des vignes et au fur et à mesure que j'approche du but de mon voyage l'excitation monte. Mais voici le centre ville et la gare routière. Je regarde rapidement mon lonely planet pour décider la direction à prendre en descendant du bus. On s'arrête, je récupère mes bagages et je m'oriente au juger. Après plus de deux jours de voyage et deux nuits blanches, je suis crevé et sale mais en vie et au Cap. Une joie profonde m'envahit. A cette heure matinale les rues sont peu fréquentées, il fait frais mais le soleil réchauffe peu à peu l'atmosphère. Je décide de chercher la Long Street dans laquelle se trouve le backpacker de mon choix. Je demande plusieurs fois mon chemin aux passants et aux policiers qui se déplacent à cheval et je trouve enfin ma résidence dans cette ville. Ici on parle l'afrikaner qui est dérivé du néerlandais mais tout le monde parle aussi l'anglais. Je m'annonce à l'entrée de l'hôtel, la porte s'ouvre et après le quart d'heure de formalités je pose mes bagages près d'un lit superposé dans une chambre pour six personnes. Une femme de ménage noire entre dans la pièce, je lui demande quelle langue elle parle, elle me répond le khosa, cette langue comprend le fameux clicks imprononçable par le débutant, c'est marrant, je vis en direct le film " les dieux sont tombés sur la tête ". Vite une douche ! Au bout d'une demi-heure, je suis de nouveau opérationnel. Il ne faut pas perdre de temps, je dois aller acheter un nouvel appareil photo et surtout développer mes films. Je trouve une boutique qui peut me les développer dans la journée et j'achète un nouvel appareil, le plus simple possible, il n'a pas de moteur...

Un petit tour dans un grand pub près de l'hôtel, c'est sympa et très convivial, un plat chaud et une grande bière, la vie reprend ses couleurs. L'après-midi, je retourne chez le photographe, les photos des chutes Victoria sont sauvées, j'ai même une photo de la mine du Mfulira, j'avais oublié qu'avant de changer la pellicule, André m'avait photographié dans mon accoutrement, quel pied ! Il ne me reste plus qu'à organiser mon séjour dans cette ville. Je compte bien passer un moment ici à jouir du plaisir d'avoir atteint mon but de voyage, à me reposer et essayer aussi de comprendre un peu l'Afrique du Sud, son histoire et sa culture mixte.

Je vais faire un tour sur une plage près des anciens docks transformés en un immense centre commercial, les pieds dans l'eau de l'océan Atlantique, je chante les sirènes d'Alexandrie... c'était il y a trois mois... Une photo, un petit tour au centre commercial, une petite sieste à l'hôtel et le soir j'entreprends la long street. C'est assez animé, il y a des bars et restaurants, ansi que d'immenses billards, c'est vrai qu'en Afrique c'est un sport national. Dans le backpacker, il y a d'autres routards, quelques français, et un Irlandais qui vit ici, il gagne sa vie en jouant de la guitare dans les bars. Cette ville me fait un peu penser à Vancouver où j'avais cherché sans résultat un cargo qui veuille bien m'emmener à Hong Kong. Je me renseigne, il y a bien des cargos qui vont en Europe ici mais les passagers ont des cabines particulières, ce qui retire beaucoup de l'intérêt d'un tel voyage puisque l'équipage est séparé des voyageurs. De toutes façon, il me reste encore trois semaines avant de reprendre le travail et je préfère tirer profit de ce temps pour m'imprégner de la vie ici. Le soir des Libanais vendent la cuisine de leur pays sur un étal porté par deux trétaux, ils sont vraiment partout ceux là. Un petit bonjour et une discussion pour me remémorer mon séjour là bas, il y a déjà presque quinze ans, je retrouve le moyen Orient qui m'est si cher.

Je vais aller finir la soirée au grand pub que j'ai visité le premier jour, en chemin un noir m'aborde en me montrant des photos de filles nues, c'est à côté d'ici, je décline. Il me propose de l'herbe, je marchande et pour quelques Euro, il me glisse une enveloppe dans la poche en me disant qu'il y a des caméras de surveillance, il s'éclipse. Je regarde, l'enveloppe est pleine de papier, quel con! Au bar je raconte au barman ma petite mésaventure, "pourquoi ne m'as tu pas demandé?" Au deuxième étage, des échopes proposent des coupes de cheveux africaines, des massages, de la médecine traditionnelle et bien sûr, cela en fait partie ici, de l'herbe locale. Je frappe à une porte, et un Docteur en médecine africaine m'ouvre, il est habillé d'un sac à patates recousu pour sa morphologie. Derrière le comptoir, sa femme, assise est habillée de la même façon. Ils m'expliquent qu'il sont chrétiens descendants d'Ethiopiens et que leur tradition leur enseigne de s'habiller ainsi. Ils sont très gentils et nous discutons un peu de médecine africaine et de religion. Je leur demande si je peux les prendre en photos, en échange je leur propose même celle du garde Massaï de Naïrobi, mais ils refusent. Je respecte leur volonté.

Le lendemain, c'est le départ pour un tour organisé dans la région qui fait aussi un arrêt au Cap de bonne espérance. La ballade est sympa, le conducteur et le guide sont blancs et expliquent que leur famille vit ici depuis des générations et qu'ils se sentent africains. Je les comprends, c'est vrai qu'après les prejugés faciles sur la colonisation, il est impossible de virer les blancs qui vivent ici. D'autant plus qu'une bonne partie de la population est "colored", c'est à dire métissée. L'enjeu de l'Afrique du Sud est donc important non seulement pour ce pays mais peut être pour l'Afrique toute entière. Peut être que grâce à des hommes comme Mandela, véritable Ghandi africain, ce pays trouvera une solution qui pourra servir d'exemple à d'autres régions de monde. On peut espérer, mais en attenant il semble que l'aparthied de couleur soit remplacé par celui de l'argent avec bien sûr encore les blancs du bon côté. Une petite promenade en bateau voir les dauphins qui vivent près des côtes et c'est la visite d'un parc de manchots, avant un arrêt près du cap de bonne espérance. Il s'agit d'une zone protégée, assez désertique et ventée. Chacun enfourche une bicyclette et nous dévallons un longue pente pendant plusieurs kilomètres jusqu'à la plage où nous attend le repas du midi. Quelle bonne idée, décidement, les gens d'ici savent mettre en valeur leur patrimoine touristique. Je suis enchanté de ma journée. Enfin, en milieu d'après midi, le minibus nous amène à la fin de l'Afrique, là où se mélangent deux océans. Je prends plusieurs photos de la pancarte qui marque la position géographique de cet endroit, et je monte quatre à quatre les escaliers qui me mènent à un phare qui surplombe la mer. Un long moment de méditation reconnaissante pour la vie qui me permet encore une fois de réaliser un rêve et je reste un moment à me regarder au loin passer le cap en voilier dans un futur hypothétique voyage autour du monde par les trois caps.

Vite, il faut redescendre, le minibus attend, je ne m'attarde pas dans la boutique à souvenirs hors de prix, le meilleur est dans ma tête et dans mon appareil photo. En chemin le bus s'arrête à une boutique pour touristes, j'en profite pour discuter avec un noir qui fait partie du staff. Il est Zoulou, et lorsque je lui raconte mon voyage et mon envie de rencontrer son peuple, il me dit d'aller à sa capitale, Ulundi qui se trouve près de Durban. Tiens, c'est justement ma prochaine étape... on verra.

Le lendemain je vais sur le port de la ville, il est aménagé pour le tourisme et foisonne de restaurants, cinéma et d'une foule de boutiques, notament de pierres précieuses. Cela me fait un peu penser à San Francisco, et c'est de là que partent les bateaux pour l'ile où fut emprisonné Mandela pendant plus de vingt ans. Après un tour de l'île, c'est la visite de la prison. Le guide est un ancien prisonnier politique, co-détenu de Mandela. Il nous montre les cellules et la cour agrémentée de photos du quotidien des prisonniers. Tous les visiteurs sont blancs provenant de différents pays. Pendant les explications du guide, personne ne bronche car l'image de notre race n'est pas très belle dans ce qu'il nous raconte. Le retour sur le bateau avec comme cadeau la magnifique ville du Cap vue du large.

Deux jours après je me suis inscrit pour la route des vins, journée de visite de vignes de la région et dégustation... La veille, je vois une jemme femme francophone qui boit une bière au bar de l'hôtel, elle est bretonne et travaille dans l'humanitaire au Congo. Qu'est-ce que tu fais dans mon hôtel lui demandé-je pince sans rire. On se raconte, elle me décrit l'ennui de son précedent hiver lors d'une mission en Sibérie avec comme seule distraction la vodka, c'est vrai qu'elle a l'air de tenir la chopine, elle n'est pas bretonne pour rien. Plus sérieusement nous parlons de sa mission, elle me raconte qu'en Afrique, l'aide alimentaire américaine est à base de produits transgéniques, c'est ça ou rien, la politique est plus forte que les organismes humanitaires. Quel beau centre expérimental que ces pays pour les saloperies de toutes sortes, et sans risque puisque de toutes façons, ceux qu'on aide sont au bout du rouleau, ils ne vont pas en plus se plaindre...

Le lendemain c'est le départ dans un minibus et la tournée des vignes commence, très intéressant, on visite et on apprend la culture de la vigne, la fabrication du vin, et même la façon de le goûter. A la fin de la journée, je suis un peu sonné, mais content de cette belle journée. A l'arrivée à l'hôtel, le barman qui a l'habitude du retour des participants m'offre un petit remontant, la bretone est là et nous attaquons cul sec ce rhum de quatre-vingts degrés. Elle encaisse, moi pas et je garderai donc ce breuvage pendant trois jours moitié dans l'oesophage, moitié dans les bronches... Dans la nuit, je me réveille tout habillé sur mon lit, j'ai comme un black après cet épisode...

Le lendemain, je vais bouffer des crèpes avec ma copine bretone chez un vendéen qui est installé ici depuis des années. Nous l'engueulons copieusement pour sa pancarte qui affiche "crèpes françaises", mais il est sympa, il nous explique qu'ici, malgré tout c'est le trou du cul du monde, pour aller voir ailleurs, il faut voyager longtemps...

C'est vrai que le Cap est une ville intéressante, mais on en a aussi assez vite fait le tour, c'est tout de même très agréable. Une petit visite sur le plateau qui surplombe la ville, suberbe, surtout qu'au loin, on apperçoit le cap de bonne espérance. Hier le coffre de l'hôtel a été visité, et des anglais se sont fait piquer tout leur fric... J'ai bien fait de ne pas m'y être trop fié, j'y avais quand même mis mon passeport et ma carte de crédit que je retrouve soulagé... Un dernier verre au pub, je rencontre une zambienne accoudée au bar, elle vient ici trois mois avec son visa de tourisme pour se prostituer. Je lui dis que je connais un peu Lusaka, les discos de là bas. "Tu connais le cockpit!!! me dit elle, tu n'est pas passé seulement quelques jours, toi tu as vécu là bas!". je lui donne les quelques kwatcha qui me restaient dans ma poche arrière en souvenir. Je m'assieds à une table, une jeune femme de Madagascar très éméchée vient me harceler en me disant de rendre les diamants que j'ai volé à ce pays, elle s'adresse aux blancs en général, et à la vue de mon sourire et de mon look, elle me prend en sympathie et m'explique qu'elle est comme cela quand elle est bourrée. Je lui offre une bière, nous sommes maintenant amis.

Je vais à la gare routière prendre un billet pour Durban et le lendemain matin c'est le départ pour vingt deux heures de route. Pendant le voyage, j'apperçois près des ville les immenses bidon villes où vivent les pauvres, sans électricité ni eau courante, dans des cabanes faites de tôles ondulées. Décidément, il y a encore beaucoup à faire... Je retouve l'ambiance des longs courriers routiers et au petit matin un gars du backpacker vient me chercher en voiture, il sont bien organisés, ici. Un nouveau dortoir dans un grande maison sans cesse en rénovation. Je discute avec deux employées Zoulou de mon projet d'escapade, c'est maintenant décidé, à Ulundi et je pars me promener sur une plage du pacifique. Dans trois jours, c'est la fête de la ville et les préparatifs vont bon train. Le premier jour arrive, et c'est un défilé de quelques chars avec des persconnages en costume traditionnel, pas très excitant à vrai dire. Le ville de Durban n'est pas très animée malgré sa forte population et sa modernité, peut être parcequ'il vaut mieux éviter de sortir dans les rues après la nuit tombée. Je décide donc de prendre un minibus pour Ulundi et rencontrer les Zoulous, chargé de mon sac et ma tente de Lusaka. Trois heures de route en compagnie de noirs, l'ambiance est assez chaleureuse, mais à l'arrivée, je me retrouve près d'un centre commercial. Pas d'hôtel en vue si ce n'est celui d'une grande chaîne hors de prix. Des gardes blancs armés surveillent la foule des Zoulous qui commercent. J'ai presque envie de rentrer tout de suite à Durban. J'avance néanmoins vers le village en longeant l'imposant bâtiment du gouvernement Zoulou. Après deux kilomètres à demander mon chemin, j'arrive à une maison qui fait chambre d'hôtes, la femme me montre une belle chambre mais trop chère pour moi. Je négocie de planter ma tente dans son jardin, elle m'amène à la maison voisine, où son fils accepte de me prêter un bout de pelouse pour un prix modique. Il me demande si j'ai un projet, je lui réponds interloqué que non et que je viens simplement visiter les Zoulou pour compléter mon expérience africaine. Ma tente montée, je décide de partir à la découverte du village. Il n'y a rien ici, même pas d'épicerie, tout est concentré dans le centre commercial qui jouxte le terminal de bus. Enfin, après avoir déambulé deux bonnes heures dans les rues de terre battue, j'apperçois quelque chose qui ressemble à un lieu public, il y des pancartes avec des sodas et de la bière. J'entre, quelques gars sont assis ou accoudés au bar grillagé. Ils ont l'air étonnés de voir un blanc ici. Je discute un peu avec eux et il me font gentiment visiter les lieux. Dans une pièce voisine, ils me présentent à deux filles qui se prostituent ici, je retourne m'asseoir et commande une bière. Les gens sont sympas et après que j'aie offert deux ou trois verres, ils discutent amicalement. Je vois un juke box près du mur, je me fais conseiller, toujours à la recherche de nouvelles sonorités. Ils me montrent un titre de "La" chanteuse Zoulou. Une pièce et le disque tourne. Aux premiers battements de musique, tout le bar se met en mouvement, la barmaid danse derrière son comptoir alors que les hommes gesticulent sur la piste improvisée, maintenant les deux prostituées arrivent, tout le monde danse, moi aussi. Après quelques bières, les policiers qui ont fini leur journée se pointent, ils discutent avec moi et m'expliquent le sens de la question du propriétaire de mon coin de pelouse. Lorsqu'un blanc vient les voir, ils se méfient un peu car certains ont des projets immobiliers ou autres et ensuite, c'est l'invasion. Je les rassure. L'ambiance est super dans ce lieu vide, une fois la réserve disparue, je retourve enfin l'Afrique noire de mon voyage. Je suis enchanté. "Fais attention quand même en rentrant à pied s'il fait nuit" me dit un policier avant de partir. C'est vrai qu'il commence à se faire tard, je vais chercher mon sac de victuailles achetés au marché, il a disparu... ce n'est pas grave. Je rentre sous ma tente. Au petit matin, le propriétaire vient me voir et me demande si j'ai bien dormi. Il me dit qu'il était un peu inquiet de me savoir dans ma tente dehors cette nuit... Une troupe de comédiens se trouve chez lui, ils vont donner des représentations dans les écoles pour informer les élèves des risques du Sida. Voulez-vous les accompagner? Oui bien sûr. Et me voilà avec cinq zoulous dans un minibus qui dévale la colline vers la première école primaire de la journée. Une salle de classe avec l'estrade pour scène et mes compagnons jouent. C'est une pièce bilingue, l'anglais alternant avec le zoulou, qui met en scène une jeune fille qui va avec les camionneurs et se trouve atteinte du sida. Je suis assis sur un banc d'école avec les élèves qui me dévisagent et rient de mes mimiques. La pièce est très didactique et jouée avec coeur, le public est attentif et participe. A la fin de la représentation, un moment d'explication de la part de l'actrice principale et réponse aux questions des enfants. C'est une troupe de comédiens amateurs qui vient de Johannesburg et qui fait le tour des écoles de la région. La séance dure une heure et demie puis c'est le départ vers une autre école. J'assiste à deux spectacles et peu à peu je fais partie de l'équipe, il faut dire qu'il sont vraiment très chaleureux. Comme il est riche de suivre un spectacle et de cotoyer les acteurs dans la coulisse. Je suis conquis. Le soir, ils m'invitent à les accompagner à une réception en plein air organisée par les responsables du coin. On mange de la saucisse grillée et on boit du coca, c'est simple mais de bon coeur. Ensuite, nous allons acheter de la bière dans un dépôt du village et nous nous rendons à un anniversiare chez une de leurs amies. On approche une voiture du garage où nous mangeons et l'autoradio fait office de sono. Je comprends pourquoi le village me semblait si vide, tout se passe chez les gens, ils m'expliquent qu'ainsi, ils arrivent à se préserver de l'invasion des étrangers. C'est donc toute une vie souterraine qui s'organise entre particuliers, il faut être introduit pour y participer. Il doivent me trouver sympa et me demandent si j'aimerais vivre dans ce pays, je réponds que oui, mais qu'il y a déjà trop de blancs. Pourtant, c'est vrai que je me sens bien avec eux.

Le lendemain je plie ma tente et reprends mon sac, puis c'est le voyage de retour en minibus vers Durban. A l'arrivée, j'achète le disque de la chanteuse zoulou et me dirige à pied vers le backpacker. Je connais la route maintenant. Une église résonne d'une musique étrange, j'entre, des enfant en tenues de guerriers zoulou sont entrain de danser près de l'autel devant leurs familles en costume traditionnel, je reste à les observer un moment, ils me fascinent. Enfin j'arrive à l'hôtel. La musique ici est occidentale, je raconte ma virée à une des employées et demande si je peux passer un morceau de musique zoulou. Au premier accord, les femmes de chambre, et autres noirs de l'établissement envahissent l'espace près de la piscine et la scène d'Ulundi se reproduit... je participe, quelle ambiance!

Dans deux jours, je m'arrache d'ici pour la dernière étape de mon voyage, Johannesburg d'où je prendrai l'avion du retour vers la France. Une immense entrecôte dans le restaurant du coin, une dernière ballade près de la mer et en discothèque et c'est le bus qui m'attend pour huit heures de route vers Johannesburg. Je reconnais la gare routière, trois semaines déjà, puis une voiture du backpacker vient me chercher. Une journée à me promener, le soir je bouffe la dernière entrecôte, le cuisinier parle le swahili, merci d'avoir pu échanger quelques mots dans cette langue avant mon départ demain. Une dernière photo face à l'appareil bras tendus, qu'est ce qui m'attend à mon retour, à quand la prochaine escapade? J'appréhende un peu.

Vingt heures cinq, départ pour Paris, les formalités, le petit coup de tampon sur mon passeport vert, merci beaucoup, à bientôt! Pendant mon vol nocturne, je revis en accéléré et en sens inverse les étapes de mon voyage. J'imagine les lumières des villages et des huttes mais aussi la condition des populations déchirées par la guerre, puis c'est la méditerranée. L'avion fait escale à Zurich, en Suisse, j'imagine qu'il doit y avoir un sacré paquet de diamants et de fric à chaque voyage... puis c'est Paris Charles de Gaulle au matin. Trois heures de TGV qui me ramène en Bretagne. Rennes cinq minutes d'arrêt. Mon père et ma belle mère sont là comme à la fin de presque tous mes voyages. Une photo du voyageur toujours en tongues et de ses bagages, ça y est, la page se tourne, dans quinze jours ce sera déjà la routine, j'ai l'habitude, reste l'espoir de repartir vers la réalisation d'un de mes rêves. Ils ne manquent pas, mais de toute façon, le vie m'a déjà assez gâté, ce que je vis maintenant c'est du bonus. Reste quend même une dernière formalité, car un des buts de ce voyage était de perdre l'embonpoint que la sédentarité rennaise m'avait fait prendre. Aux dernières soldes, alors que je frôlais les quatre vingts dix kilos pour un mètre quatre vingts, j'avais trouvé un pantalon de velour vert taille quarante dont j'avais fermé le bouton cinq secondes en retenant mon souffle sous le regard inquiet du vendeur qui craignait qu'il n'explose. Je l'avais quand même acheté comme challenge. Avec mes soixante neuf kilos, j'espère mais je crains quand même car le souvenir de la pression est encore très fort. C'est là que les Athéniens vont s'atteignirent... Je l'enfile... ferme la boutonière, il me va parfaitement, victoire! Comme quoi pour le même prix qu'une cure d'amaigrissement médicalisée, c'est quand même plus sympa et plus sain d'aller faire le con avec son sac à dos. J'ai retrouvé ma forme, mais pour combien de temps...

Déjà huit jours que je suis arrivé. Huit heures trente du matin, ma voiture garée sur le parking de l'entreprise, je reprends mon travail. Cette semaine j'enseigne le Javascript. J'installe mes stagiaires, une présentation du langage et de son environnement, je bafouille un peu au début, mais cela revient très vite, je suis maintenant dans une autre bulle. A neuf heures trente, je me dirige vers le bureau de Jean Yves au fond du couloir, une solide poignée de main, merci Monsieur le Directeur, ce fut une très belle expérience...

 

1/6 7h20 Nantes avion 15h300 Le Caire

3/6 9h20 train 11h20 Alexandrie

5/6 22h15 train

6/6 10h Louxor

8/6 9h30 train Aswan

10/6 19h bateau

11/6 15h30 Wadi Halfa 23h bus

12/6 19h Abtarak

13/6 bus 12h Kharthoum

16/6 bus 18h30 Gedaref 19h30 camion

17/6 9h30 frontière 11h30 bus 13h30 Shehabi

18/6 6h bus 12h Gondar

20/6 6h30 bus 14h30 Gates

21/6 6h15 bus 8h30 Gashana 9h30 pickup 11h Lalibela

22/6 6h bus 18h30 Dice

23/6 6h bus 15h30 Addis Abeba

26/6 13h avion 14h50 Nairobi

1/7 8h15 bus 13h Arusha bus 16h Moshi

10/7 8h30 bus 10h Arusha

15/7 16h10 bus

16/7 10h30 Kampala 14h bus 15h Jinja

17/7 Bujagali falls

19/7 source du Nil

20/7 7h30 bus 8h30 Kampala

25/7 9h30 bus 10h30 equateur 11h30 bus 13h Masaka

27/7 8h taxi 9h frontière 9h30 matatu 12h Bukoba

29/7 22h Bukoba bateau

30/7 8h Mwanza

3/8 4h45 bus 17h30 Kigoma

6/8 Ujiji

7/8 16h Kigoma bateau MV Liemba

9/8 8h Mpulungu 10h taxi 16h Kasama

10/8 8h30 bus 12h Mpika

11/8 11h bus 18h Lusaka

18/8 6h30 bus 16h Samfya

19/8 12h30 minibus 14h kimanka 16h pickup 16h30 Twingi (lac Kampolombo)

22/8 8h pickup 9h Samfia minibus Mansa 11h15 bus Mufulira 21h30

23/8 mine de cuivre Mufulira

24/8 8h30 bus 14h Lusaka

28/8 8h30 bus 15h30 Livingstone

30/8 Victoria falls

1/9 5h bus 20h Gaborone

2/9 6h30 bus 12h Johannesburg 13h bus

3/9 9h Cap Town

15/9 10h30 bus

16/9 8h30 Durban

22/9 9h15 minibus 12h30 Ulundi

24/9 8h30 minibus Durban

25/9 8h15 bus 16h30 Johannesburg

26/9 20h05 avion

27/9 9h30 Paris CDG 12h05 train 14h05 Rennes